BAN_2/BAN125
Théodore de Banville
Odes funambulesques
1857
MONSIEUR COQUARDEAU
CHANT ROYAL
         Roi des crétins, qu'avec terreur on nomme, 4+6 a
         Grand Coquardeau, non, tu ne mourras pas. 4+6 b
         Lépidoptère en habit de prudhomme, 4+6 a
         Ta majesté t'affranchit du trépas, 4+6 b
5 Car tu naquis aux premiers jours du monde, 4+6 c
         Avant les cieux et les terres et l'onde. 4+6 c
         Quand le métal entrait en fusion, 4+6 d
         Titan, instruit par une vision 4+6 d
         Que son travail durerait la semaine, 4+6 e
10 Fondit d'abord, et par provision, 4+6 d
         Le front serein de la bêtise humaine. 4+6 e
         On t'a connu dans Athène et dans Rome : 4+6 a
         Plus tard Colomb t'a vu sous les pampas. 4+6 b
         Mais sur tes yeux de vautour économe 4+6 a
15 Se courbait l'arc d'un sourcil plein d'appas, 4+6 b
         Et le sommet de ta tête profonde 4+6 c
         A resplendi sous la crinière blonde. 4+6 c
         Que Gavarni tourne en dérision 4+6 d
         Tes six cheveux ! Avec décision 4+6 d
20 Le démêloir en toupet les ramène : 4+6 e
         Un dieu scalpa, comme l'occasion, 4+6 d
         Le front serein de la bêtise humaine. 4+6 e
         Tu te rêvais député de la Somme 4+6 a
         Dans les discours que tu développas, 4+6 b
25 Et, beau parleur grâce à ton majordome, 4+6 a
         On te voit fier de tes quatre repas. 4+6 b
         Lorsqu'en s'ouvrant ta bouche rubiconde 4+6 c
         Verse au hasard les trésors de Golconde, 4+6 c
         On cause bas, à ton exclusion, 4+6 d
30 Ou chacun rêve à son évasion. 4+6 d
         Tu n'as jamais connu ce phénomène : 4+6 e
         Mais l'ouvrier doubla l'illusion 4+6 d
         Le front serein de la bêtise humaine. 4+6 e
         Comme Pâris, tu tiens toujours la pomme. 4+6 a
35 Dans ton salon, meublé d'un fier lampas, 4+6 b
         On boit du lait et du sirop de gomme, 4+6 a
         Et tu n'y peux, selon toi, faire un pas 4+6 b
         Sans qu'à ta flamme une flamme réponde. 4+6 c
         Dans tes miroirs tu te vois en Joconde. 4+6 c
40 Jamais pourtant, cœur plein d'effusion, 4+6 d
         Tu n'oublias ta chère infusion 4+6 d
         Pour les rigueurs d'Iris ou de Climène. 4+6 e
         L'espoir fleurit avec profusion 4+6 d
         Le front serein de la bêtise humaine. 4+6 e
45 À ton café, tu te dis brave comme 4+6 a
         Un Perceval, et toi-même écharpas 4+6 b
         Le rude Arpin ; ta chiquenaude assomme. 4+6 a
         Lorsque tu vas, les jambes en compas, 4+6 b
         On croirait voir un héros de la fronde, 4+6 c
50 Ou quelque preux, vainqueur de Trébizonde. 4+6 c
         Mais, évitant, avec précision 4+6 d
         L'éclat fatal d'une collision, 4+6 d
         Tu vis dodu comme un chapon du Maine, 4+6 e
         Pour sauver mieux de toute lésion 4+6 d
55 Le front serein de la bêtise humaine. 4+6 e
ENVOI
         Prince des sots, un système qu'on fonde, 4+6 c
         À son aurore a soif de ta faconde. 4+6 c
         Toi, tu vivais dans la prévision 4+6 d
         Et dans l'espoir de cette invasion : 4+6 d
60 Le réalisme est ton meilleur domaine, 4+6 e
         Car il charma dès son éclosion 4+6 d
         Le front serein de la bêtise humaine. 4+6 e
mètre profil métrique : 4+6
forme globale type : chant royal
logo de l'université   logo de l'université  
CRISCO - Université de Caen Normandie