COP_5/COP111
François Coppée
Sonnets intimes et Poèmes inédits
1925
PREMIÈRE PARTIE
RONDE D’ENFANTS AUX TUILERIES
         AU printemps, dans les Tuileries, 8
         Assise à l’écart, la maman, 8
         Lasse de ses tapisseries, 8
         Rêve, le doigt dans un roman. 8
5 Garçonnets et fillettes blondes, 8
         Ayant laissé là leurs paniers 8
         Remplis de fleurs de marronniers, 8
         Viennent d’organiser des rondes. 8
         Les lilas passeront. 6
10 Pas encore ; 3
         Ils viennent d’éclore. 5
         Les lilas passeront. 6
         Gais enfants, dansez en rond. 7
         Pourtant ce coin de parc magique 8
15 Fut bien terrible, aux jours passés, 8
         Enfants, et c’est un sol tragique 8
         Où joyeusement vous dansez. 8
         Ici les yeux blancs des vieux marbres 8
         Virent des cadavres semés ; 8
20 Les chevaux de guerre affamés 8
         Ont rongé l’écorce des arbres. 8
         Les lilas passeront. 6
         Pas encore ; 3
         Ils viennent d’éclore. 5
25 Les lilas passeront. 6
         Gais enfants, dansez en rond. 7
         Sous la verte fraîcheur des branches, 8
         Insoucieux, tourne l’essaim 8
         Des enfances roses et blanches 8
30 Qui vont, se tenant par la main. 8
         Sur le sable, leurs jambes grêles 8
         Sautillent, en bas bien tirés, 8
         Et leur chant fait fuir, effarés, 8
         Les ramiers et les tourterelles. 8
35 Les lilas passeront. 6
         Pas encore ; 3
         Ils viennent d’éclore. 5
         Les lilas passeront. 6
         Gais enfants, dansez en rond. 7
40 Pourtant à l’horloge qui reste 8
         Sur le vieux palais dévasté, 8
         Les heures d’un passé funeste 8
         Ont jadis lourdement tinté. 8
         Bien des spectres, quand le soir tombe, 8
45 Se croisent sous le noir couvert, 8
         Et si ce grand arbre est si vert, 8
         C’est qu’il pousse sur une tombe. 8
         Les lilas passeront. 6
         Pas encore ; 3
50 Ils viennent d’éclore. 5
         Les lilas passeront. 6
         Gais enfants, dansez en rond. 7
         Tu fais peur, ô calme nature, 8
         Grande oublieuse des douleurs, 8
55 Qui mets sur cette sépulture 8
         Des rires d’enfants et des fleurs. 8
         Mais l’incorrigible espérance, 8
         Devant cet avril et ces jeux, 8
         Rêve de jours moins orageux 8
60 Pour la vieille folle de France ! 8
         Les lilas passeront. 6
         Pas encore ; 3
         Ils viennent d’éclore. 5
         Les lilas passeront. 6
65 Gais enfants, dansez en rond. 7
mètre profil métrique : 8
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