DER_1/DER151
Tristan Derème
LA VERDURE DORÉE
1922
CLI
         Une pie noire et blanche en se posant sur un platane 6+8
         A fait dégringoler un flot de feuilles jaunes. 6+6
         C'est l'automne. Bourre de roses ta guitare 8+4
         Et médite en silence aux dernières nuits chaudes 6+6
5 Sur tes lauriers en fleurs qu'a brûlés le tonnerre, 6+6
         Et dans l'air tendre aux feuilles crois entendre 4+6
         Ces soupirs qu'éclaira par un autre septembre 6+6
         La topaze lunaire. 6
         Des mots. Des mots. Pourtant ta douleur est si simple 6+6
10 Pourquoi ne pas pleurer comme un pauvre jeune homme ? 6+6
         Mais non ; chaque lanière qui te cingle 6+4
         Te fait jaillir du cœur une harangue trop sonore ; 6+8
         Et lyrique et debout dans les ruines et les roches 6+8
         Et défiant le sort, les étoiles et la nature, 6+8
15 Tu peuples de discours ta malheureuse solitude 6+8
         Et tu gardes tes pleurs pour verser des paroles. 6+6
         Tu déclames ; tu crois jouer un vaste rôle ; 6+6
         Mais qu'une feuille tombe au bois qui t'environne ; 6+6
         Que tu triomphes d'une robe ; 8
20 Que trop lourde de sucre et prise à la rafale 6+6
         Une abeille froisse son aile ; 8
         Qu'aux verts bambous de la tonnelle 8
         Un liseron se dénoue et se fane ; 4+6
         Que les lilas noircissent sous la neige ; 4+6
25 Qu'un chien se noie au tumulte des gaves 4+6
         Et que meure une ardeur que tu crus éternelle : 6+6
         Ce sont toutes choses égales. 8
         Les bleus martins-pêcheurs égratignaient le fleuve calme ; 6+8
         Tu sommeillais sous les noyers dont l'ombre est fraîche et noire 6−8
30 Et tu rêvais, loin du faux musc et du vacarme 6−6
         De la ville où régnaient la Matchiche et la Tonkinoise 6+8
         Et cette blanche ballerine 8
         Qui dansait nue avec un ara bleu sur la poitrine ; 6+8
         Sous les feuillages qui chantaient au vent d'automne, 6+6
35 Malgré ton désespoir dans l'herbe de la rive 6+6
         Tu n'avais pas ce cœur qui se lamente et qui s'étonne 6+8
         Et tu savais encor, sous tes larmes, sourire. 6+6
         Laisse tomber les feuilles jaunes des platanes 4+4+4
         Et tes espoirs pareils à des fues 4+6
40 Qui montaient en brûlant au-dessus des plaines natale ; 6+8
         Demain il y aura de nouvelles roes, 6+6
         Des feuillages nouveaux et des lèvres persuasives 6+8
         Et des amours que déjà tu désires 4+6
         Éclatant sur tes jours comme l'orage et les tonnerres, 6+8
45 Des tendresses que berce en caresse l'azur des îles, 6+8
         Et de plus en plus éternelles. 8
mètre profils métriques : 8, 4=6, 6−8, 6=6
logo de l'université   logo de l'université  
CRISCO - Université de Caen Normandie