GAU_8/GAU299
Théophile Gautier
POÉSIES NOUVELLES, POÉSIES INÉDITES ET POÉSIES POSTHUMES
édition Maurice Dreyfous
1831-1872
ÉBAUCHE DE PIERROT POSTHUME
EN VERS LIBRES
ARLEQUIN. — COLOMBINE.
SCÈNE PREMIÈRE
ARLEQUIN.
         Un mot, de grâce, Colombine ! 8
COLOMBINE.
         Que me veut le sieur Arlequin ? 8
ARLEQUIN.
         Vous offrir un cadeau qui n'a rien de mesquin. 6+6
COLOMBINE.
         Un cadeau ? Je m'arrête. — Est-ce une perle fine, 6+6
5 Un diamant, ou bien encor 8
         La chaîne de Venise en or 8
         Dont j'eus tant d'envie à la foire ? 8
         Votre galanterie, en l'achetant pour moi, 6+6
         A fait un acte méritoire 8
10 Et dont je garderai mémoire, 8
         Allons vite, donnez…
ARLEQUIN.
         Eh quoi ! 8
         La chaîne de Venise ! Ah ! fi donc !
COLOMBINE.
         Alors, qu'est-ce ? 6+6
ARLEQUIN.
         Oh ! mille fois mieux que cela ! 8
         Un présent de bon goût ; il est enfermé là. 6+6
COLOMBINE.
15 Là ! dans cette petite caisse ? 8
ARLEQUIN.
         Oui ; regardez !
COLOMBINE.
         Grands dieux ! que vois-je ? une souris ! 6+6
ARLEQUIN.
         A votre intention cette nuit je l'ai prise. 6+6
         Ce n'est point une souris grise, 8
         Une souris de peu de prix ; 8
20 Elle est blanche comme l'hermine, 8
         Vive, spirituelle et fine, 8
         Et je lui trouve, moi, beaucoup de votre mine. 6+6
COLOMBINE.
         Les régals qui par vous sont aux dames offerts 6+6
         Ont du moins l'agrément de n'être pas très-chers, 6+6
25 Et ce n'est pas ainsi qu'un galant se ruine 6+6
         Vous volez vos cadeaux aux chats 8
         Et pour écrins donnez des souricières ; 4+6
         Je vous en avertis, ce sont là des manières 6+6
         A ne réussir point près des cœurs délicats ! 6+6
ARLEQUIN.
30 Cette souris dans cette boîte, 8
         C'est mon âme, en prison étroite 8
         Mise par vos divins appas ! 8
         Comme elle, prenez-la, Colombine fantasque, 6+6
         Car je pâlis d'amour sous le noir de mon masque 6+6
35 Et votre œil seul ne le voit pas. 8
         Acceptez cet hommage, ô beauté sans seconde ! 6+6
         De l'Arlequin le plus épris du monde 4+6
         C'en est fait, Cupidon m'a saisi dans ses lacs ! 6+6
         Les moulins que Montmartre offre aux yeux sur sa butte, 6+6
40 Ne tournent plus qu'au vent de mes soupirs ; 4+6
         Et sous votre balcon chaque jour j'exécute, 6+6
         Pour sérénade, une culbute, 8
         Timide expression de mes brûlants désirs ! 6+6
COLOMBINE.
         Ah ! monsieur Arlequin, prolonger ce langage 6+6
45 A ma pudici serait faire un outrage ! 6+6
         Qui vous rend si hardi de me faire la cour ? 6+6
         Je suis honnête et mariée.
ARLEQUIN.
         A peine ; 4+6
         Auprès de vous Pierrot ne resta qu'un seul jour, 6+6
         Il lui fallut quitter aussitôt ce séjour, 6+6
50 Car l'habitation des rives de la Seine 6+6
         Décidément lui devenait malsaine, 4+6
         En proie aux curiosités 8
         De certains juges entêtés 8
         A s'occuper de ses affaires, 8
55 Il partit pour l'Espagne et fut pris des corsaires ! 6+6
COLOMBINE.
         Hélas ! pris et pendu ! car le pauvre garçon 6+6
         N'avait pas dans l'escarcelle 7
         De quoi payer sa rançon ; 7
         Alors ils ont occis des époux le modèle ! 6+6
60 Mais c'est assez ; plus un mot, 7
         Car la femme de Pierrot 7
         Ne doit pas être soupçonnée ! 8
         . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
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