BAN_13/BAN545
Théodore de Banville
OCCIDENTALES
1875
Le Siècle à Aiguille
I
         Donc, le progrès futur | à mes yeux se dévoile, 6+6
         Plus rien que des soldats. | O bonheur inconnu ! 6+6
         Je vois le charcutier | et le marchand de toile 6+6
         Couper leur marchandise | avec un sabre nu ! 6+6
5 Tous militaires. Quelle noce ! 8
         Même Polichinelle. | Oui, je le vois d'ici 6+6
         Troupier, avec sa double bosse. 8
         On prend le cul-de-jatte aussi. 8
         La France tout d'abord | se transforme en caserne, 6+6
10 Puis l'Europe. O destin | miraculeux et doux ! 6+6
         Tout citoyen va ntre | avec une giberne, 6+6
         Et le vaste univers | est peuplé de Bridoux ! 6+6
         Beau spectacle pour l'incrédule ! 8
         La plaine murmurante, | ce n'étaient qu'épis 6+6
15 Et bluets, maintenant ondule, 8
         Vivante moisson de képis. 8
         En avant ! Portons arme ! | Allons, soyons suaves, 6+6
         Troubadours ! embtons | le pas, et de l'entrain ! 6+6
         Allons, hussards, lanciers, | carabiniers, zouaves, 6+6
20 Grenadiers, artilleurs, | chasseurs, soldats du train ! 6+6
         Un sabre attaché sur la jambe, 8
         En marche ! Croisons…ette, | et soyons triomphants, 6+6
         Éteignons le foyer qui flambe ; 8
         Plus de familles, plus d'enfants ! 8
25 Quand Chassepot, donnant | le dernier coup de lime, 6+6
         Eut créé ce fusil | qui de tous est le roi, 6+6
         Il lui cria, joyeux, | avec un air sublime : 6+6
         L'avenir, l'avenir, | l'avenir est à toi ! 6+6
         C'est juste. Adorons sans grimace 8
30 Ses chefs-d'œuvre, malgré | Dreyse et Bonnin choisis, 6+6
         Mes frères, et partons en chasse, 8
         Puisque nous avons des fusils ! 8
         Oui, nous serons chasseurs, | mais pour les Filandières, 6+6
         Et non pas comme Blaze | ou Bénédict Révoil : 6+6
35 Nous aurons des petits | avec les vivandières, 6+6
         Et nous les bercerons | dans des bonnets à poil ! 6+6
II
         Gloire, Liberté sainte, | ô déesses jumelles, 6+6
         D'un vol égal, jadis, | vous ouvriez vos ailes ! 6+6
         Par le même chemin, 6
40 Les vieilles nations, | de leur joug harassées, 6+6
         Ensemble vous voyaient | appartre embrassées 6+6
         Et vous tenant la main. 6
         Vous leur portiez la foi, | l'espérance, l'idée, 6+6
         Et, dans ce grand réveil, | leur âme, fécondée 6+6
45 Par l'affranchissement, 6
         Échappant, comme en rêve, | au passé misérable, 6+6
         S'émerveillait de voir | votre accord adorable, 6+6
         Fraternel et charmant ! 6
         Et, cheveux dénoués, | chantant La Marseillaise, 6+6
50 On vous voyait gravir, | d'un pied frissonant d'aise, 6+6
         Les plus âpres sommets, 6
         Et l'éclatante Aurore | était votre courrière ! 6+6
         A présent votre pacte | est rompu. La guerrière 6+6
         Va seule, désormais. 6
55 Aussi lorsqu'elle vient | vers quelque peuple austère, 6+6
         Le glaive en main, faisant | résonner sur la terre 6+6
         Son pied envahisseur, 6
         Qu'on entend ses clairons | mugir sur chaque roche, 6+6
         Et qu'elle dit : Prends-moi, | je suis à toi ! — Gavroche 6+6
60 Lui demande : Et ta sœur ? 6
mètre profils métriques : 8, 6, 6+6
logo de l'université   logo de l'université  
CRISCO - Université de Caen Normandie