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Théodore de Banville
DANS LA FOURNAISE
Dernières Poésies
1892
Parisienne
         Irma qu'on voit partout, au Bois, au bal, aux Courses, 12
         Dans son coupé, les pieds sur des fourrures d'ourses, 12
         A tout coup réussit dans l'échange inégal 12
         Du sourire ingénu contre le madrigal. 12
5 Naïve, glorieuse, ironique, frivole, 12
         Son éventail est un papillon qui s'envole ; 12
         Son chapeau merveilleux comme une aube apparaît. 12
         Pour elle c'est un fait constant qu'il ne serait 12
         Pas digne d'inspirer nos meilleurs vers, ni sage 12
10 De n'être pas splendide à chaque vernissage. 12
         Elle y brille, et l'on n'a pas vu de lampas tels 12
         A l'exposition flambante des pastels. 12
         Son caprice au ragoût des premières s'obstine, 12
         Fleur de l'Académie et de la guillotine, 12
15 Puisque monsieur Deibler et l'excellent Pingard 12
         Déplaceraient pour elle un député du Gard. 12
         Irma, la charmeresse indolente, la sphinge 12
         Qui croque la noisette avec son petit singe 12
         Et qui, le matin, fête en son vague salon 12
20 Un prince chevelu comme un jeune Absalon, 12
         Ce soir, dépenaillée, amusante et farouche, 12
         Sans façon laisse errer des gueules sur sa bouche, 12
         Et dans le monde ayant raflé quelques valeurs, 12
         S'esclaffe au cabaret, soûle, avec des voleurs. 12
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