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Théodore de Banville
DANS LA FOURNAISE
Dernières Poésies
1892
La Coupe
         Le poëte en sa coupe, orgueil du ciseleur, 12
         S'enivre, et boit le vin amer de la douleur. 12
         Puis, après avoir bu le vin, il boit la lie 12
         Où dorment la tristesse et la mélancolie. 12
5 Et puis, après la lie encore, tout au fond, 12
         Dorment en un flot noir l'accablement profond 12
         Et l'inutile amour de l'Idéal qui lève 12
         Son front chaste, et l'horreur effrayante du rêve. 12
         Et comme, en regardant longtemps ce flot moqueur, 12
10 Le poëte qui sent se soulever son cœur, 12
         A dans ses sombres yeux l'égarement d'Oreste, 12
         La Muse lui dit : Mon bien-aimé, bois le reste ! 12
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