BAR_1/BAR12
Jules Barbey d'Aurevilly
Poussières
1854
À Mademoiselle Marthe Brandès.
         Te souviens-tu du soir, près de la fenêtre 6+6
         Ouverte d'un salonplein de joyeux ébats, 6+6
         Tu n'avais pas seize ans…les avais-tu ?… Peut-être ? 6+6
         Sous le rideau tombé,nous nous parlions tout bas ?… 6+6
5 Ce n'était pas l'amourque t'exprimait ma bouche, 6+6
         Mon cœur était trop vieux,trop glacé, trop hautain, 6+6
         Pour parler à ton cœur ;mais, prophète farouche, 6+6
          Je te prédisais ton destin. 8
         Et toi, tu m'écoutais,sur la barre accoudée ; 6+6
10 Tu me montrais ta nuque,en me cachant ton front ; 6+6
         Et tu restais muetteà la cruelle idée 6+6
         De ce premier amourqui, t'ayant possédée, 6+6
          Deviendra mon dernier affront ! 8
         Nuit, ciel, jardin, massifs,dehors tout était sombre, 6+6
15  Et tu regardais dans ce noir. 8
         Mais ton cœur de seize ansavait encor plus d'ombre, 6+6
         Et là, comme dehors,tu ne pouvais rien voir ! 6+6
         Mais moi, moi, j'y voyais !mes yeux peaient le voile 6+6
          Qui te cachait ton avenir, 8
20 Et je voyais au loinmonter l'affreuse étoile 6+6
         De ce premier amourqui pour toi doit venir ! 6+6
         Je te disais alors :« Il va bientôt partre 6+6
         Celui-là qui prendrad'autorité vos jours ! 6+6
         Mais moi qui ne veux pasvous voir subir un mtre, 6+6
25  J'aurai disparu pour toujours ! » 8
         C'est fait… Je suis sortimaintenant de ta vie 6+6
         Sans t'avoir dit l'adieuqu'on se dit quand on part ; 6+6
         Silencieusementj'emporte ma folie 6+6
         Pour être aimé de toi,j'étais venu trop tard. 6+6
30 Tu ne m'as pas trahi.Je n'ai rien à te dire 6+6
         Ce qui fut entre nous,c'est la Fatalité. 6+6
         D'aucune illusiontu n'eus sur moi l'empire, 6+6
          Sinon celle de ta fierté ! 8
          Te l'avais-je assez exaltée, 8
35  Pour résisterà ton futur vainqueur ? 4+6
          Ai-je cru te l'avoir plantée 8
          Assez avantdans ton trop faible cœur ? 4+6
          J'avais donc mis trop haut ton âme. 8
         En toi de la fierté ?non ! pas même d'orgueil ! 6+6
40 Est-ce que tu pouvaisêtre plus qu'une femme ? 6+6
         Les bras fermés sur toisont pour moi ton cercueil. 6+6
         Et si, devant mes yeux,un de ces soirs peut-être, 6+6
         Tu passes, entrnanttous les cœurs sous tes pas, 6+6
         Ne baisse pas les tiens ;— car tu m'as fait conntre 6+6
45 Ce genre de méprisqui même ne voit pas !… 6+6
mètre profils métriques : 8, 6+6, 4+6
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