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Pierre-Jean de Béranger
Chansons
Tome I
1815
MA DERNIÈRE CHANSON PEUT-ÊTRE
AIR : Eh quoi ! vous someillez encore (de Fanchon)
         Je n'eus jamais d'indifférence 8
         Pour la gloire du nom français. 8
         L'étranger envahit la France, 8
         Et je maudis tous ses succès. 8
5 Mais, bien que la douleur honore, 8
         Que servira d'avoir gémi ? 8
         Puisqu'ici nous rions encore, 8
         Autant de pris sur l'ennemi ! 8
         Quand plus d'un brave aujourd'hui tremble, 8
10 Moi, poltron, je ne tremble pas. 8
         Heureux que Bacchus nous rassemble 8
         Pour trinquer à ce gai repas ! 8
         Amis, c'est le dieu que j'implore ; 8
         Par lui mon cœur est affermi. 8
15 Buvons gaîment, buvons encore : 8
         Autant de pris sur l'ennemi ! 8
         Mes créanciers sont des corsaires 8
         Contre moi toujours soulevés. 8
         J'allais mettre ordre à mes affaires, 8
20 Quand j'appris ce que vous savez. 8
         Gens que l'avarice dévore, 8
         Pour votre or soudain j'ai frémi. 8
         Prêtez-m'en donc, prêtez encore : 8
         Autant de pris sur l'ennemi ! 8
25 Je possède jeune maîtresse, 8
         Qui va courir bien des dangers. 8
         Au fond je crois que la traîtresse 8
         Désire un peu les étrangers. 8
         Certains excès que l'on déplore 8
30 Ne l'épouvantent qu'à demi. 8
         Mais cette nuit me reste encore : 8
         Autant de pris sur l'ennemi ! 8
         Amis, s'il n'est plus d'espérance, 8
         Jurons, au risque du trépas, 8
35 Que pour l'ennemi de la France 8
         Nos voix ne résonneront pas. 8
         Mais il ne faut point qu'on ignore 8
         Qu'en chantant le cygne a fini. 8
         Toujours français, chantons encore : 8
40 Autant de pris sur l'ennemi ! 8
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