BOR_1/BOR15
Pétrus Borel
Rapsodies
1832
RAPSODIES
Le Rempart
À AUGUSTUS MAC-KEAT, poète.
Car voilà, l'hyver est passé, la pluye est changée et
s'en est allée. Lève-toy, ma grand'amie, ma belle, et
t'en vien.
La Bible.
I placevoll abbracciari.
Boccacio.
         Donnez-moi votre main,asseyons-nous, ma belle, 6+6
         Sur ces palis rompus ;tiens, vois la citadelle 6+6
         Au milieu des ravinsainsi qu'un bloc géant ; 6+6
         De l'antique Babelon dirait une marche, 6+6
5 Ou, captive aux sommetsdes montagnes, une arche 6+6
         Fatiguant de son poidsl'univers océan. 6+6
         Des qui vive ! lointains,des cliquetis, écoute, 6+6
         Entends-tu ces clameursdu fort à la redoute ? 6+6
         Là, des casques mouvants,des forêts de mousquets, 6+6
10 La herse qui gémit,le bruit des huisseries : 6+6
         On dirait le donjonsemé de pierreries, 6+6
         À ces feux plus nombreuxqu'en de royaux banquets. 6+6
         Tu vois, je t'obéis :de mon indifférence 6+6
         Es-tu contente assez ?Pour moi, quelle souffrance ! 6+6
15 Être seul avec toisans t'accabler d'amours ! 6+6
         Non, non, ça ne se peut,tu m'apparais trop belle, 6+6
         Adieu tous mes serments ;l'amitié fraternelle 6+6
         N'est point faite pour nous :va, je brûle toujours ! 6+6
         Oh ! que tu es enfant !Respecter des sottises 6+6
20 Et de fats préjugés ;te courber aux bêtises 6+6
         D'un monde qui nous hait,et qui fait des vertus 6+6
         Dont rougirait ton Dieu !Crois-tu de la nature 6+6
         La voix folle et trompeuse ?Oh ! cesse ma torture, 6+6
         Si tu neveux régnersur des murs abattus. 6+6
25 Or cet amour auqueltu te montres revêche, 6+6
         En toi tout le décèleet tout en toi le prêche ; 6+6
         Le galbe de ton sein,ton regard souriant, 6+6
         Ton pas vite et léger,ou ta molle paresse, 6+6
         Ton organe suaveet ta main qui caresse 6+6
30 Tout force à raffolirle plus insouciant. 6+6
         Avant nous, des amants,qui, sur l'herbe discrète, 6+6
         Ont passé plus heureux,sais-tu le nom ? coquette ! 6+6
         Qui leur dira le tien ?ce lieu ne trahit pas ! 6+6
         Tu pleures maintenant :oh ! délirante ivresse ! 6+6
35 Que ton silence est douxà mon cœur qui s'oppresse ; 6+6
         J'étouffe do plaisirdans l'anneau de tes bras ! 6+6
         Toi, qui fus si longtempsécho de mon supplice, 6+6
         Nuit ! prolonge pour moicette nuit, ce délice. 6+6
         Que nos tourments sont longs,que nos bonheurs sont courts ! 6+6
40 Oui ! je la bénirais,j'embrasserais la bombe 6+6
         Qui viendrait nous tueret creuser notre tombe. 6+6
         Mais la mort est pour moisans glaive et sans secours ! 6+6
mètre profil métrique : 6+6
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