BOR_1/BOR34
Pétrus Borel
Rapsodies
1832
PATRIOTES
Misère
La faim mit au tombeau Malfilâtre ignoré.
GILBERT.
         A mon air enjoué, mon rire sur la lèvre, 6+6
         Vous me croyez heureux, doux, azime et sans fièvre, 6+6
         Vivant, au jour le jour, sans nulle ambition, 6+6
         Ignorant le remords, vierge d'affliction ; 6+6
5 A travers les parois d'une haute poitrine, 6+6
         Voit-on le cœur qui sèche et le feu qui le mine ? 6+6
         Dans une lampe sourde on ne saurait puiser : 6+6
         Il faut, comme le cœur, l'ouvrir ou la briser. 6+6
         Aux bourreaux, pauvre André, quand tu portais ta tête, 6+6
10 De rage tu frappais ton front sur la charrette, 6+6
         N'ayant pas assez fait pour l'immortalité, 6+6
         Pour ton pays, sa gloire et pour sa liberté. 6+6
         Que de fois, sur le roc qui borde cette vie, 6+6
         Ai-je frappé du pied, heurté du front d'envie, 6+6
15 Criant contre le ciel mes longs tourments soufferts : 6+6
         Je sentais ma puissance, et je sentais des fers ! 6+6
         Puissance,… fers,… quoi donc ? — rien ! encore un poëte 6+6
         Qui ferait du divin, mais sa muse est muette, 6+6
         Sa puissance est aux fers. — Allons ! on ne croit plus, 6+6
20 En ce siècle voyant, qu'aux talents révolus. 6+6
         Travaille : on ne croit plus aux futures merveilles. 6+6
         Travaille !… Eh ! le besoin qui me hurle aux oreilles, 6+6
         Étouffant tout penser qui se dresse en mon sein ! 6+6
         Aux accords de mon luth que répondre ?… j'ai faim !… 6+6
mètre profil métrique : 6+6
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