BOR_1/BOR4
Pétrus Borel
Rapsodies
1832
RAPSODIES
Adroit Refus
Je ne puis l'oster de mon âme,
Non plus que vous y recevoir.
MALHERBE.
Elle était de l'âge d'un vieil bœuf,
désirable et fraîche.
BÉROALDE DE VERVILLE.
         Ah ! ne m'accusez pasd'être froid, insensible ; 6+6
         D'avoir l'œil dédaigneux,le rire d'un méchant ; 6+6
         D'avoir un cœur de bronzeà tout inaccessible ; 6+6
         D'avoir l'âme ferméeau plus tendre penchant. 6+6
5 Vous me devinez peumalgré votre science : 6+6
         Croyez moins désormaisà cette insouciance, 6+6
         J'aime, et d'un amour vifj j'en fais l'aveu touchant. 6+6
         J'aime, en un manoir sombreet carlovingiaque, 6+6
         Sillonné vers le soirpar de rouges éclairs, 6+6
10 Seul, au balcon hardi,d'un luth élégiaque, 6+6
         Éveiller des accordsfrémissants dans les airs. 6+6
         Caché, j'aime à compterles baisers d'une amante ; 6+6
         A contempler le cieldans une onde dormante, 6+6
         Et la lune bercéeargentant des flots clairs. 6+6
15 J'aime de cent chasseursvoir la tourbe effrayante ; 6+6
         La voix rauque des corstonnant au fond des bois ; 6+6
         Le hahé des valetsà la meute aboyante ; 6+6
         Puis l'hallali joyeux,les déchirants abois. 6+6
         Puis, j'aime voir après,quand le soleil décline, 6+6
20 Quelques bons montagnards,au pied delà colline, 6+6
         Naïvement danseraux chansons d'un hautbois. 6+6
         J'aime à brûler parfoisl'oliban et la manne ; 6+6
         À savourer aux champsle parfum d'une fleur. 6+6
         J'aime nonchalamment,sur la molle ottomane, 6+6
25 M'étendre, demi-nu,quand darde la chaleur ; 6+6
         Prolonger jusqu'au soirla sieste favorite ; 6+6
         Fumer le calumet,l'odorant cigarite, 6+6
         Et d'un thé délicatégayer ma douleur. 6+6
         J'aime à bouleverserune bibliothèque, 6+6
30 Fouiller un chroniqueurqu'on a laissé moisir, 6+6
         Déchiffrer un latin,quelque vieille ode grecque, 6+6
         Essayer un rondeau,poindre un ange à loisir ; 6+6
         Puis surtout, d'un festinl'enivrante magie, 6+6
         L'impudeur effrontéeassise en une orgie, 6+6
35 s'affaisse mon corpssous le poids du plaisir. 6+6
         J'aime enfin chevaucherdans les bois, les campagnes, 6+6
         Sur mon prompt alezanpar une nuit d'été. 6+6
         J'aime des cris de guerreéveillant les montagnes ; 6+6
         J'aime enfin l'incendie,horrible volupté !! 6+6
40 Écraser un tyransous sa lourde oriflamme ! 6+6
         Au sang de l'étrangerretremper une lame, 6+6
         La lui briser au cœur,en criant liberté ! 6+6
         Ah ! ne m'accusez pasd'être froid, insensible, 6+6
         D'avoir l'œil dédaigneux,le rire d'un méchant ; 6+6
45 D'avoir un cœur de bronzeà tout inaccessible, 6+6
         D'avoir l'âme ferméeau plus tendre penchant. 6+6
         Vous me devinez peumalgré votre science : 6+6
         Croyez moins désormaisà cette insouciance, 6+6
         J'aime, et d'un amour vif ;j'en fais l'aveu touchant. 6+6
mètre profil métrique : 6+6
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