BOR_1/BOR5
Pétrus Borel
Rapsodies
1832
RAPSODIES
Sanculottide
(Avril 1831)
À Joseph Bouchardi, graveur.
Sic locutus est leo,
PHED.
Il y a quelque chose de terrible dans
l'amour sacré de la patrie.
SAINT-JUST.
         Dors, mon bon poignard, dors, | vieux compagnon fidèle, 6+6
         Dors, bercé dans ma main, | patriote trésor ! 6+6
         Tu dois être bien las ? | sur toi le sang ruissèle, 6+6
         Et du choc de cent coups | ta lame vibre encor ! 6+6
5 Je suis content de toi, | tu comprends bien mon âme, 6+6
         Tu guettes ses désirs ; | quand mon bras assassin 6+6
         Te pousse, en l'air traçant | une courbe de flamme, 6+6
         Tu vas à la victime | et lui cribles le sein. 6+6
         Dors, mon bon poignard, dors, | vieux compagnon fidèle, 6+6
10 Dors, bercé dans ma main, | patriote trésor ! 6+6
         Tu dois être bien las ? | sur toi le sang ruissèle, 6+6
         Et du choc de cent coups | ta lame vibre encor ! 6+6
         Aujourd'hui, ta vengeance | est nourrie ; une proie 6+6
         A roulé devant toi | sur la placeest-ce pas ? 6+6
15 C'est bonheur de frapper | un tyran ? et, de joie 6+6
         Crier entre ses os, | d'y clouer le trépas ! 6+6
         Dors, mon bon poignard, dors, | vieux compagnon fidèle, 6+6
         Dors ! bercé dans ma main, | patriote trésor ! 6+6
         Tu dois être bien las ? | sur toi le sang ruissèle, 6+6
20 Et du choc de cent coups | ta lame vibre encor ! 6+6
         La mort d'un oppresseur, | va, ne peut être un crime : 6+6
         On m'enchna petit, | grand j'ai rompu mes fers. 6+6
         Le peuple a son réveil ; | malheur à qui l'opprime ! 6+6
         Il mesure sa haine | au joug, aux maux soufferts. 6+6
25 Dors, mon bon poignard, dors, | vieux compagnon fidèle, 6+6
         Dors, bercé dans ma main, | patriote trésor ! 6+6
         Tu dois être bien las ! | sur toi le sang ruissèle, 6+6
         Et du choc de cent coups | ta lame vibre encor ! 6+6
         Tiens ! vois-tu ce bonnet | penché sur ma crinière ? 6+6
30 Dans le sang d'un espion | trois fois je l'ai jeté : 6+6
         Sa pourpre me sourit ; | qu'il soit notre bannière ! 6+6
         Qu'il soit le casque saint | de notre Déité ! 6+6
         Dors, mon bon poignard, dors, | vieux compagnon fidèle, 6+6
         Dors, bercé dans ma main, | patriote trésor ! 6+6
35 Tu dois être bien las ? | sur toi le sang ruissèle, 6+6
         Et du choc de cent coups | ta lame vibre encor ! 6+6
         Suspendue à mon flanc, | bien aimée estocade, 6+6
         Toujours tu sonneras… | je baise ton acier ! 6+6
         Et, d'opimes joyaux, | même dans la décade, 6+6
40 Couverte tu seras | comme un riche coursier. 6+6
         Dors, mon bon poignard, dors, | vieux compagnon fidèle, 6+6
         Dors, bercé dans ma main, | patriote trésor ! 6+6
         Tu dois être bien las ? | sur toi le sang ruissèle, 6+6
         Et du choc de cent coups | ta lame vibre encor ! 6+6
mètre profil métrique : 6+6
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