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Pétrus Borel
Rapsodies
1832
RAPSODIES
Désespoir
À GIULIO PICCINI, maestro.
Toujours un vent de feu sous son haleine active,
Prend plaisir à courber mon âme convulsive.
Théop. DONDEY, Insomnie.
          Comme une louveayant fait chasse vaine, 4+6
          Grinçant les dents,s'en va par le chemin ; 4+6
          Je vais, hagard,tout chargé de ma peine, 4+6
          Seul avec moi,nulle main dans ma main ; 4+6
5  Pas une voixqui me dise : A demain. 4+6
         Pourtant bout en mon seinla sève de la vie ; 6+6
         Femmes ! mon pauvre cœurest pourtant bien aimant, 6+6
         J'ai vingt ans, je suis beau,je devrais faire envie, 6+6
         J'aurais dû plaire au moins,moi, si courtois amant ; 6+6
10 Toutes m'ont repousséFatal isolement ! 6+6
          Ce long tourmentme ronge et me déchire, 4+6
          M'abîme entier !Que le sort m'est cruel ! 4+6
          Même aujourd'hui,riant de mon délire, 4+6
          Pour retrempermon âme dans le fiel, 4+6
15  Il m'a fait voirun jeune ange du ciel. 4+6
         Ah ! quel air ravissant,quelle voix langoureuse ! 6+6
         Sur ses pas gracieuxj'aspirais le bonheur. 6+6
         Je baisais son manteaud'une bouche amoureuse ; 6+6
         Puis, ivre du parfumque jetait cette fleur, 6+6
20 Je sentais lentements'épanouir mon cœur. 6+6
          Que cet instantfut court ! hélas ! qu'horrible 4+6
          Fut mon réveil !je la cherchais en vain 4+6
          De mon regarddévorant et terrible, 4+6
          Elle avait fuiRends-la moi, ciel d'airain ! 4+6
25  Jette à mon cœurcette proieil a faim !… 4+6
         Mon dépit, ma fureurbouleversent mon âme ; 6+6
         A mes désirs lascifsje voudrais tout plier : 6+6
         Égaré par mes sens,j'irais… ah ! c'est infâme ! 6+6
         Arracher une femmeau bras d'un cavalier, 6+6
30 J'arracherais !… mais, non,je ne puis m'oublier ! 6+6
          Désirs poignants,silence ! il faut vous taire. 4+6
          De feux en vainje me sens embrasé, 4+6
          Allons gémirsur mon lit solitaire ; 4+6
          Baigné de pleursmon corps est épuisé : 4+6
35  A ce combattout mon cœur s'est brisé ! 4+6
         Ma jeunesse me pèseet devient importune ! 6+6
         Ah ! que n'ai-je du moinsle calme d'un vieillard. 6+6
         Qu'ai-je à faire ici-bas ?… trner dans l'infortune ; 6+6
         Lâche, rompons nos fers !ou plus tôt ou plus tard. 6+6
40 — Mes pistolets sont làdéjouons le hasard ! 6+6
mètre profils métriques : 4+6, 6+6
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