BRS_1/BRS17
Henri Barbusse
Les Pleureuses
1895
LE SOIR EN FÊTE
Je sens trembler un peu la douceur de ta vie…
         Tu viendras dans mon âme avec un grand air triste ; 12
         J'entends des voix chanter dans la longueur des jours, 12
         J'entends des chants lassés qui finissent toujours, 12
         Et le ciel s'assombrit comme un cœur qui s'attriste. 12
5 Il nous faudra longtemps, purs et silencieux, 12
         Nous qui sommes venus les derniers dans les choses, 12
         Deviner la détresse au fond des âmes closes, 12
         Et voir la solitude au fond de tous les yeux. 12
         Hélas, sans le vouloir, dans mon mal solitaire, 12
10 Je conduirai celui qui m'a donné la main, 12
         Et j'ai peur en voyant l'angoisse du chemin 12
         Où je dois m'en aller avec mon petit frère. 12
         Que puis-je te donner, petit prince aux yeux doux, 12
         Que puis-je te donner pour la marche sans trêve, 12
15 Sinon un peu d'orgueil entrevu dans un rêve 12
         Et ce bonheur lassé qui pleure au fond de nous ! 12
         Oh ! ne ferai-je pas mourir la gentillesse 12
         En te montrant la vie et son décor très noir, 12
         Et les pauvres malheurs qui font l'adieu du soir, 12
20 Et toute la grandeur et toute la tristesse ! 12
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