BRS_1/BRS58
Henri Barbusse
Les Pleureuses
1895
LE SILENCE DES PAUVRES
PRIÈRE A SOI
         Après la fête automnale, 7
         Rempli d'une horreur d'espoir, 7
         Je reviens, vision pâle, 7
         Dans mon soir ! 3
5 On dirait que les champs meurent, 7
         Au soleil illimité. 7
         Je m'arrête ; mes yeux pleurent 7
         De beauté. 3
         La terre est une prière, 7
10 L'ombre s'est mise à genoux, 7
         Et je sens que la lumière 7
         Vient à nous. 3
         Je vais, je vais reconnaître 7
         Le seuil docile, éternel, 7
15 Les murs gris, et la fenêtre 7
         Dans le ciel. 3
         Et près de la vitre éclose 7
         On peut me voir un moment, 7
         M'incliner vers toute chose 7
20 Tristement. 3
         Et voilé du long silence, 7
         Tremblant de faim et de froid, 7
         Je comprends, angoisse immense, 7
         Que c'est moi ! 3
25 Le pauvre monde m'implore, 7
         L'ombre est l'ombre d'autrefois… 7
         Mes bras s'étendent, j'adore, 7
         Et je crois. 3
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