CHE_1/CHE16
André de Chénier
ŒUVRES POÉTIQUES
tome I
1790
POÉSIES ANTIQUES ‒ ÉTUDES
XVI
         Vénus, quelle déesse a le cœur plus docile ! 12
         Aux vœux de son guerrier ne fut point difficile. 12
         Leur bonheur, cependant, que soupçonnaient les dieux, 12
         .................................................... et fuyait tous les yeux.
5 Le soleil, qui voit tout, a vu ce doux mystère ; 12
         Il vole ; et de l'époux enflammant la colère, 12
         Bientôt un dur réseau sait, par l'art de Vulcain, 12
         Ceindre ce lit trompeur d'un invisible airain, 12
         Et dans les bras de Mars enchaînant sa parjure, 12
10 Tout le ciel appelé vient et voit son injure. 12
         Chacun rit ; on voudrait comme eux être surpris. 12
         L'insensé ! qu'ont produit et ses fers et ses cris ? 12
         Jusqu'alors, son épouse, à feindre disposée, 12
         Sans honte, désormais, le livre à la risée. 12
15 Et tandis qu'à Lemnos ses noirs cyclopes nus, 12
         Faisant taire, la nuit, leurs marteaux suspendus, 12
         Partagent des bons vins sa table abandonnée, 12
         Elle, à des dieux polis dans l'Olympe amenée, 12
         Les voit en un banquet et moins triste et meilleur, 12
20 Qu'anime du nectar le breuvage railleur, 12
         Faisant honte à l'hymen d'un lien ridicule, 12
         Sur l'époux forgeron s'égayer sans scrupule. 12
         .............................................................................
         .............................................................................
25 .............................................................................
         Leur imite son port et sa marche inégale, 12
         Et comme lui, d'un pas oblique et chancelant, 12
         Court et s'agite et traîne un pied boiteux et lent. 12
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