CHE_1/CHE25
André de Chénier
ŒUVRES POÉTIQUES
tome I
1790
ÉLÉGIES ANTIQUES
IX
         « Fuis, ne me livre point. Pars avant son retour ; 12
         Lève-toi ; pars, adieu ; qu'il n'entre et que ta vue 12
         Ne cause un grand malheur, et je serais perdue ! 12
         Tiens, regarde, adieu, pars : ne vois-tu pas le jour ? » 12
5 Nous aimions sa naïve et riante folie, 12
         Quand soudain, se levant, un sage d'Italie 12
         Maigre, pâle, pensif, qui n'avait point parlé, 12
         Pieds nus, la barbe noire, un sectateur zélé 12
         Du muet de Samos qu'admire Métaponte, 12
10 Dit : « Locriens perdus, n'avez-vous pas de honte ? 12
         Des mœurs saintes jadis furent votre trésor. 12
         Vos vierges, aujourd'hui, riches de pourpre et d'or, 12
         Ouvrent leur jeune bouche à des chants adultères 12
         Hélas ! qu'avez-vous fait des maximes austères 12
15 De ce berger sacré que Minerve autrefois 12
         Daignait former en songe à vous donner des lois ? » 12
         Disant ces mots, il sort… Elle était interdite, 12
         Son œil noir s'est mouillé d'une larme subite ; 12
         Nous l'avons consolée, et ses ris ingénus, 12
20 Ses chansons, sa gaîté, sont bientôt revenus. 12
         Un jeune Thurien, aussi beau qu'elle est belle 12
         (Son nom m'est inconnu), sortit presque avec elle : 12
         Je crois qu'il la suivit et lui fit oublier 12
         Le grave Pythagore et son grave écolier. 12
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