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François Coppée
LE CAHIER ROUGE
1874
La Chaumière incendiée
Pour l'œuvre du Sou des Chaumières
         Fléau rapide et qui dévore, 8
         La bataille a passé par là, 8
         Et la vieille maison brûla : 8
         Regardez, cela fume encore. 8
5 Quelques images d'Épinal, 8
         Un fusil sur la cheminée ; 8
         C'était la chaumière obstinée, 8
         Le vieux logis national. 8
         Au seuil rugueux où l'on trébuche, 8
10 Il fallait se baisser un peu ; 8
         Mais la soupe était sur le feu 8
         Et le pain était dans la huche. 8
         C'était bien sombre et bien petit, 8
         Avec un toit de paille chauve, 8
15 Mais abritant sous l'humble alcôve 8
         Un berceau tout près d'un grand lit. 8
         L'araignée aux grises dentelles 8
         Habitait le plafond obscur ; 8
         Mais les trous nombreux du vieux mur 8
20 Étaient connus des hirondelles. 8
         L'été, sur la porte, et l'hiver, 8
         Près du foyer plein de lumière, 8
         Les habitants de la chaumière 8
         Étaient encore heureux hier. 8
25 C'était l'abri contre l'orage ; 8
         Là, les enfants avaient grandi ; 8
         L'aïeul se chauffait à midi 8
         Sur le banc qu'une treille ombrage. 8
         Et l'on parlait naïvement 8
30 De choisir une brave fille 8
         Pour le frère de la famille 8
         Qui revenait du régiment. 8
         — Maintenant, c'est après la guerre, 8
         Après ces Allemands damnés ; 8
35 Et ces pans de murs calcinés 8
         Furent cette maison naguère. 8
         L'aïeul aujourd'hui tend la main, 8
         Lui qui, n'étant pourtant pas riche, 8
         Coupait largement dans la miche 8
40 Pour tous les pauvres du chemin. 8
         L'homme travaille dans les fermes, 8
         Et sa femme et ses deux petits 8
         Pleurent dans un affreux taudis 8
         Dont il ne peut payer les termes. 8
45 Le frère, soldat inconnu 8
         Qu'on a repris pour la campagne, 8
         Du fond de la froide Allemagne 8
         N'est, hélas ! jamais revenu… 8
         — Mais, puisque dans la noble France 8
50 Il fut toujours, il reste encor, 8
         Sou, pièce blanche ou louis d'or, 8
         Une obole pour la souffrance, 8
         Au nom du douloureux passé, 8
         Donnez tous, donnez tout de suite, 8
55 Donnez pour la maison détruite 8
         Et pour le berceau renversé ! 8
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