COP_3/COP58
François Coppée
LE CAHIER ROUGE
1874
Rythme des vagues
A Luigi Gualdo
         J'étais assis devant la mer sur le galet. 12
         Sous un ciel clair, les flots d'un azur violet, 12
         Après s'être gonflés en accourant du large, 12
         Comme un homme accablé d'un fardeau s'en décharge, 12
5 Se brisaient devant moi, rythmés et successifs. 12
         J'observais ces paquets de mer lourds et massifs 12
         Qui marquaient d'un hourra leurs chutes régulières 12
         Et puis se retiraient en râlant sur les pierres. 12
         Et ce bruit m'enivrait ; et, pour écouter mieux, 12
10 Je me voilai la face et je fermai les yeux. 12
         Alors, en entendant les lames sur la grève 12
         Bouillonner et courir, et toujours, et sans trêve 12
         S'écrouler en faisant ce fracas cadencé, 12
         Moi, l'humble observateur du rythme, j'ai pensé 12
15 Qu'il doit être en effet une chose sacrée, 12
         Puisque Celui qui sait, qui commande et qui crée, 12
         N'a tiré du néant ces moyens musicaux, 12
         Ces falaises aux rocs creusés pour les échos, 12
         Ces sonores cailloux, ces stridents coquillages 12
20 Incessamment heurtés et roulés sur les plages 12
         Par la vague, pendant tant de milliers d'hivers, 12
         Que pour que l'Océan nous récitât des vers. 12
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