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Marceline Desbordes-Valmore
POÉSIES
1830
ROMANCES
L’ÉTRANGÈRE
         Ah ! que le monde est difficile ! 8 a
         Hélas ! il n’est pas fait pour moi. 8 b
         Ma sœur, en ton obscur asile, 8 a
         J’étais plus heureuse avec toi. 8 b
5 On m’appelle ici l’étrangère ; 8 c
         C’est le nom de qui n’a point d’or. 8 d
         Si je ris, je suis trop légère, 8 c
         Si je rêve… on en parle encor. 8 d
         Si je mêle à ma chevelure 8 a
10 La fleur que j’aimais dans nos bois, 8 b
         Je suis, dit-on, dans ma parure, 8 a
         Timide et coquette à la fois. 8 b
         Puis-je ne pas la trouver belle ? 8 c
         Le printemps en a fait mon bien ; 8 d
15 Pour me parer je n’avais qu’elle : 8 c
         On l’effeuille et je n’ai plus rien. 8 d
         Je sors de cet âge paisible, 8 a
         Où l’on joue avec le malheur ; 8 b
         Je m’éveille, je suis sensible, 8 a
20 Et je l’apprends par la douleur. 8 b
         Un seul être à moi, s’intéresse ; 8 c
         Il n’a rien dit, mais je le voi ; 8 d
         Et je vois même à sa tristesse, 8 c
         Qu’il est étranger comme moi. 8 d
25 Ah ! si son regard plein de charmes 8 a
         Recèle un doux rayon d’espoir, 8 b
         Quelle main essuîra les larmes 8 a
         Qui m’empêchent de l’entrevoir ? 8 b
         Soumise au monde qui m’observe, 8 c
30 Je dois mourir, jamais pleurer ; 8 d
         Et je n’use qu’avec réserve 8 c
         Du triste espoir de soupirer ! 8 d
mètre profil métrique : 8
forme globale type : suite périodique
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