DES_1/DES189
Marceline Desbordes-Valmore
POÉSIES
1830
POÉSIES INÉDITES ROMANCES
LA JEUNE CHATELAINE
         « Je vous défends, châtelaine, 7
         De courir seule au grand bois. » 7
         M’y voici, tout hors d’haleine, 7
         Et pour la seconde fois. 7
5 J’aurais manqué de courage 7
         Dans ce long sentier perdu ; 7
         Mais que j’en aime l’ombrage ! 7
         Mon seigneur l’a défendu. 7
         « Je vous défends, belle mie, 7
10 Ce rondeau vif et moqueur. » 7
         Je n’étais pas endormie 7
         Que je le savais par cœur. 7
         Depuis ce jour je le chante ; 7
         Pas un refrain n’est perdu : 7
15 Dieu ! que ce rondeau m’enchante ! 7
         Mon seigneur l’a défendu. 7
         « Je vous défends sur mon page 7
         De jamais lever les yeux. » 7
         Et voilà que son image 7
20 Me suit, m’obsède en tous lieux. 7
         Je l’entends qui, par mégarde, 7
         Au bois s’est aussi perdu. 7
         D’où vient que je le regarde ? 7
         Mon seigneur l’a défendu. 7
25 Mon seigneur défend encore 7
         Au pauvre enfant de parler ; 7
         Et sa voix douce et sonore 7
         Ne dit plus rien sans trembler. 7
         Qu’il doit souffrir de se taire ! 7
30 Pour causer quel temps perdu ! 7
         Mais, mon page, comment faire ? 7
         Mon seigneur l’a défendu. 7
logo de l'université   logo de l'université  
CRISCO - Université de Caen Normandie