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Marceline Desbordes-Valmore
POÉSIES
1830
IDYLLES
L’ORAGE
         Ô quelle accablante chaleur ! 8
         On dirait que le ciel va toucher la montagne. 12
         Vois ce nuage en feu qui rougit la campagne : 12
         Quels éclairs ! quel bruit sourd ! ne t’en va pas ; j’ai peur ! 12
5 Les cris aigus de l’hirondelle 8
         Annoncent le danger qui règne autour de nous ; 12
         Son amant effrayé la poursuit et l’appelle, 12
         Pauvres petits oiseaux, vous retrouverez-vous ? 12
         Reste, mon bien-aimé ! reste, je t’en conjure ; 12
10 Le ciel va s’entr’ouvrir. 6
         De l’orage sans moi tu veux braver l’injure ; 12
         Cruel ! en me quittant, tu me verrais mourir. 12
         Ce nuage embrasé qui promène la foudre, 12
         Vois-tu bien, s’il éclate, on est réduit en poudre ! 12
15 Encourage mon cœur, il palpite pour toi… 12
         Ta main tremble, Olivier. As-tu peur comme moi ? 12
         Tu t’éloignes ; tu crains un danger que j’ignore : 12
         En est-il un plus grand que d’exposer tes jours ? 12
         Je donnerais pour toi ma vie et nos amours ; 12
20 Si j’avais d’autres biens, tu les aurais encore. 12
         En cédant à tes vœux, j’ai trahi mon devoir ; 12
         Mais ne m’en punis pas. Elle est loin, ta chaumière. 12
         Pour nous parler d’amour, tu demandais le soir ; 12
         Eh bien ! pour te sauver, prends la nuit tout entière ; 12
25 Mais ne me parle plus de ce cruel amour ; 12
         Je vais l’offrir à Dieu, dans ma tristesse extrême : 12
         C’est en priant pour ce que j’aime 8
         Que j’attendrai le jour. 6
         Sur nos champs inondés tourne un moment la vue. 12
30 Réponds ! Malgré mes pleurs veux-tu partir encor ? 12
         Méchant, ne souris plus de me voir trop émue ; 12
         Peut-on ne pas trembler en quittant son trésor ? 12
         Je vais me réunir à ma sœur endormie. 12
         Adieu ! laisse gronder et gémir l’aquilon ; 12
35 Quand il aura cessé d’attrister le vallon, 12
         Tu pourras t’éloigner du toit de ton amie. 12
         Mais quel nouveau malheur ! Qu’allons-nous devenir ? 12
         N’entends-tu pas la voix de mon vieux père ? 10
         Ne vois-tu pas une faible lumière ? 10
40 De ce côté, Dieu ! s’il allait venir ! 10
         Pour une faute, Olivier, que d’alarmes ! 10
         Laisse-moi seule au moins supporter son courroux ; 12
         Puis tu viendras embrasser ses genoux, 10
         Quand je l’aurai désarmé par mes larmes. 10
45 Non ! la porte entr’ouverte a causé ma frayeur : 12
         On tremble au moindre bruit lorsque l’on est coupable. 12
         Laisse-moi respirer du trouble qui m’accable, 12
         Laisse-moi retrouver mon cœur. 8
         Séparons-nous, je suis trop attendrie ; 10
50 Sur ce cœur agité ne pose plus ta main ; 12
         Va ! si le ciel entend ma prière chérie, 12
         Il sera plus calme demain : 8
         Demain, au point du jour, j’irai trouver mon père ; 12
         Sa bonté préviendra mes timides aveux ; 12
55 De nos tendres amours pardonnant le mystère, 12
         Il ne t’appellera que pour combler tes vœux. 12
         Déjà le vent rapide emporte le nuage, 12
         La lune nous ramène un doux rayon d’espoir ; 12
         Adieu ! je ne crains plus d’oublier mon devoir, 12
60 Ô mon cher Olivier ! j’ai trop peur de l’orage ! 12
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