DES_1/DES54
Marceline Desbordes-Valmore
POÉSIES
1830
ÉLÉGIES
L’ATTENTE
         Il m’aima. C’est alorsque sa voix adorée 6+6
         M’éveilla tout entière,et m’annonça l’amour. 6+6
         Comme la vigne aimanteen secret attirée 6+6
         Par l’ormeau caressant,qu’elle embrasse à son tour, 6+6
5 Je l’aimai ! D’un sourireil obtenait mon âme. 6+6
         Que ses yeux étaient doux !que j’y lisais d’aveux ! 6+6
         Quand il brûlait mon cœurd’une si tendre flamme, 6+6
         Comment, sans me parler,me disait-il : « Je veux ! » 6+6
         Oh ! toi qui m’enchantais,savais-tu ton empire ? 6+6
10 L’éprouvais-tu ce mal,ce bien dont je soupire ? 6+6
         Je le crois : tu parlaiscomme on parle en aimant, 6+6
         Quand ta bouche m’appritje ne sais quel serment. 6+6
         Qu’importent les serments ?Je n’étais plus moi-même, 6+6
         J’étais toi. J’écoutais,j’imitais ce que j’aime ; 6+6
15 Mes lèvres, loin de toi,retenaient tes accents, 6+6
         Et ta voix dans ma voixtroublait encor mes sens. 6+6
         Je ne l’imite plus ;je me tais, et les larmes 6+6
         De tous mes biens perdusont expié les charmes. 6+6
         Attends-moi, m’as-tu dit.J’attends, j’attends toujours ! 6+6
20 L’été, j’attends de toila grâce des beaux jours ; 6+6
         L’hiver aussi, j’attends !Fixée à ma fenêtre, 6+6
         Sur le chemin désertje crois te reconntre ; 6+6
         Mais les sentiers rompusont effrayé tes pas : 6+6
         Quand ton cœur me cherchait,tu ne les voyais pas ! 6+6
25 Ainsi le temps prolongeet nourrit ma souffrance : 6+6
         Hier, c’est le regret ;demain, c’est l’espérance ; 6+6
         Chaque désir trahime rend à la douleur, 6+6
          Et jamais, jamais au bonheur ! 8
         Le soir, à l’horizon, s’égare ma vue, 6+6
30 Tu m’apparais encore,et j’attends malgré moi. 6+6
          La nuit tombe… ce n’est plus toi ; 8
          Non ! c’est le songe qui me tue. 8
         Il me tue, et je l’aime !et je veux en gémir ! 6+6
         Mais sur ton cœur jamaisne pourrai-je dormir 6+6
35 De ce sommeil profondqui rafrchit la vie ? 6+6
         Le repos sur ton cœur !c’est le ciel que j’envie, 6+6
         Et le ciel irritémet l’absence entre nous. 6+6
         Ceux qui le font parlerme l’ont dit à moi-même : 6+6
          Il ne veut pas qu’on aime ! 6
40 Mon Dieu, je n’ose plusaimer qu’à vos genoux ! 6+6
         Qu’ai-je dit ? Notre amour,c’est le ciel sur la terre. 6+6
         Il fut, j’en crois mon cœureffrayé d’un remord, 6+6
          Comme la vie, involontaire, 8
          Inévitable,hélas ! comme la mort. 4+6
45 J’ai gté cet amour ;j’en pleure les délices. 6+6
         Cher amant ! quand mon seinpalpita sous ton sein, 6+6
          Nos deux âmes étaient complices, 8
         Et tu gardas la mienne,heureuse du larcin. 6+6
         Oh ! ne me la rends plus !Que cette âme enchnée, 6+6
50  Triste et passionnée, 6
         Heureuse de se perdreet d’errer après toi, 6+6
         Te cherche, te rappelleet t’entrne vers moi ! 6+6
mètre profils métriques : 6+6, 6, 8
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