DES_1/DES7
Marceline Desbordes-Valmore
POÉSIES
1830
IDYLLES
L’ABSENCE
         L’avez-vous rencontré ? | guidez-moi, je vous prie. 6+6
         Il est jeune, il est triste, | il est beau comme vous, 6+6
         Bel enfant ; et sa voix, | par un charme attendrie, 6+6
         De la voix qui l’accueille | est l’écho le plus doux. 6+6
5 Oh ! rappelez-vous bien ! | Sa démarche pensive 6+6
         Fait qu’on le suit longtemps | et du cœur et des yeux. 6+6
         Il vous aura souri. | De l’enfance naïve, 6+6
         Naïf encore, il aime | à contempler les jeux. 6+6
         Écoute ! ses regards | distraits, chargés d’alarmes, 6+6
10 Effleuraient tes doux jeux, | peut-être sans les voir. 6+6
         Plains-moi, car c’est pour moi | qu’il dévorait ses larmes, 6+6
         Et de m’en consoler | il a seul le pouvoir. 6+6
         Guide-moi ; réponds-moi ! |… Mais tu ne peux m’entendre : 6+6
         Tu demandes son nom ? 6
15 Ah ! s’il t’avait parlé, | m’aurais-tu fait attendre ? 6+6
         L’aurais-tu méconnu | dans ma prière ? oh ! non, 6+6
         Va jouer, bel enfant, | va rire avec la vie, 6+6
         Car ton âge est sa fête, | et déjà je l’envie. 6+6
         Va ! mais si ton bonheur | te l’amène aujourd’hui, 6+6
20 Souviens-toi que je pleure, | et ne le dis qu’à lui. 6+6
         Comme la route au loin | se prolonge isolée ! 6+6
         Eh ! pour qui ces jardins, | ce soleil, ces ruisseaux ? 6+6
         Je suis seule, et là-bas, | sous de noirs arbrisseaux, 6+6
         La moitié de mon âme | est errante et voilée. 6+6
25 Mes suppliantes mains | voudraient la retenir : 6+6
         J’ai cru respirer l’air | qui va nous réunir ! 6+6
         L’avez-vous rencontré, | nymphe à la voix plaintive ? 6+6
         L’avez-vous appelé ? | s’est-il penché vers vous ? 6+6
         Si son ombre a passé | dans votre eau fugitive, 6+6
30 Nymphe, rendez-la moi, | je l’attends à genoux. 6+6
         Mais jusqu’à l’oublier | si vous êtes légère ; 6+6
         Mais si vous n’emportez | que vous dans l’avenir ; 6+6
         Si l’image qui fuit | vous devient étrangère, 6+6
         De quoi vous plaignez-vous, | nymphe sans souvenir ? 6+6
35 Quelle est cette autre enfant | sous les saules couchée ? 6+6
         De paisibles rameaux | enveloppent son sort ; 6+6
         Comme une jeune fleur | dans la mousse cachée, 6+6
         À l’abri des vents, elle dort. 8
         L’orage aux traits brûlants | ne l’a pas effeuillée ; 6+6
40 Loin du monde et du jour | lentement éveillée, 6+6
         Un jeune songe à peine | ose effleurer ses sens ; 6+6
         Elle rit… qu’offre-t-il | à ses vœux caressants ?… 6+6
         L’avez-vous rencontré, | dites, belle ingénue ? 6+6
         Sa voix, qui fait rêver, | vous est-elle connue ? 6+6
45 Au fond d’un doux sommeil | écoutez-vous ses pas ? 6+6
         Non ! si vous l’aviez vu, | vous ne dormiriez pas ! 6+6
         Dormez. Je vous rendrais | et pensive et peureuse, 6+6
         Vous diriez : « Dès qu’on aime | on n’est donc plus heureuse ? » 6+6
         Je ne sais. Pour la paix | de vos nuits, de vos jours, 6+6
50 Ignorez-le toujours. 6
         Mais de nouveaux sentiers | s’ouvrent à ma tristesse : 6+6
         Je voudrais tous les suivre, | et je n’ose choisir. 6+6
         L’espoir les choisit tous. | Oh ! qu’il a de vitesse ! 6+6
         Il m’appelle partout… | vais-je le saisir ? 6+6
55 Au pied de la chapelle | serpente le lierre, 6+6
         Courbé par la prière, 6
         Un vieillard indigent | porte aussi ses douleurs. 6+6
         Allons ! ses yeux éteints | ne verront pas mes pleurs. 6+6
         Comme il prie ! on dirait | qu’une lumière heureuse, 6+6
60 Pour éclairer son front, | vient d’entr’ouvrir les cieux ; 6+6
         On dirait que le jour | est rentré dans ses yeux, 6+6
         Ou qu’il bénit tout bas | une main généreuse. 6+6
         Dieu ! l’a-t-il rencontré ? | Si calme, si content, 6+6
         Presse-t-il un bienfait | sur son cœur palpitant ? 6+6
65 Est-ce lui qu’il bénit ? | et la voix que j ’adore, 6+6
         Dans ce cœur consolé | résonne-t-elle encore ? 6+6
         Écoutez-moi, mon père, | au nom de ce bienfait ! 6+6
         Celui qui vous l’offrit | à vous m’a demandée 6+6
         Peut-être ?… Oh ! que ma main, | par la sienne guidée, 6+6
70 Joigne son humble offrande | au don qu’il vous a fait. 6+6
         Mais, en vous consolant, | soupirait-il, mon père ? 6+6
         Déchiré du tourment | dont il me désespère, 6+6
         Injuste, mais fidèle, | en souonnant ma foi, 6+6
         Vous a-t-il dit : « Priez | et pour elle et pour moi ? » 6+6
75 Oui, je sais qu’il est triste, | et qu’un accent plus tendre 6+6
         Au malheureux jamais | n’a su se faire entendre. 6+6
         Oui, je vais retrouver | mon bonheur qu’il troubla, 6+6
         Car mon bonheur, c’est lui, | mon père, et le voilà ! 6+6
mètre profils métriques : 6+6, 6
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