DES_1/DES95
Marceline Desbordes-Valmore
POÉSIES
1830
ROMANCES
L’EXILÉ
         Oui, je le sais, voilà des fleurs, 8
         Des vallons, des ruisseaux, des prés et des feuillages : 12
         Mais une onde plus pure et de plus verts ombrages 12
         Enchantent ma pensée, et me coûtent des pleurs. 12
5 « Oui, je le vois, ces frais zéphyrs 8
         Caressent en jouant de naïves bergères ; 12
         Mais d’un zéphyr plus doux les haleines légères 12
         Attirent loin de moi mon âme et mes soupirs. 12
         « Ah ! je le sens, c’est que mon cœur, 8
10 Las d’envier ces bois, ces fleurs, cette prairie, 12
         Demande, en gémissant, des fleurs à ma patrie : 12
         Ici rien n’est à moi, si ce n’est ma douleur. » 12
         Triste exilé, voilà ton sort ; 8
         La plainte de l’écho m’a révélé ta peine. 12
15 Comme un oiseau captif, tu chantes dans ta chaîne ; 12
         Comme un oiseau blessé, j’y joins un cri de mort. 12
         Goûte l’espoir silencieux ! 8
         Tu reverras un jour le sol qui te rappelle ; 12
         Mais rien ne doit changer ma douleur éternelle ; 12
20 Mon exil est le monde… et mon espoir aux cieux. 12
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