DES_2/DES216
Marceline Desbordes-Valmore
LES PLEURS
1830
MALHEUR À MOI
Ah ! ce n’est pas aimer que prendre sur soi-même
De pouvoir vivre ainsi loin de l’objet qu’on aime.
André Chénier.
         Malheur à moi ! je ne sais plus lui plaire ; 10
         Je ne suis plus le charme de ses yeux ; 10
         Ma voix n’a plus l’accent qui vient des cieux 10
         Pour attendrir sa jalouse colère ; 10
5 Il ne vient plus, saisi d’un vague effroi, 10
         Me demander des serments ou des larmes ; 10
         Il veille en paix, il s’endort sans alarmes : 10
         Malheur à moi ! 4
         Las de bonheur, sans trembler pour ma vie, 10
10 Insoucieux, il parle de sa mort ! 10
         De ma tristesse il n’a plus le remord, 10
         Et je n’ai pas tous les biens qu’il envie ! 10
         Hier, sur mon sein, sans accuser ma foi, 10
         Sans les frayeurs que j’ai tant pardonnées, 10
15 Il vit des fleurs qu’il n’avait pas données : 10
         Malheur à moi ! 4
         Distrait d’aimer, sans écouter mon père, 10
         Il l’entendit me parler d’avenir ; 10
         Je n’en ai plus, s’il n’y veut pas venir ; 10
20 Par lui je crois, sans lui je désespère ; 10
         Sans lui, mon Dieu ! comment vivrai-je en toi ? 10
         Je n’ai qu’une âme, et c’est par lui qu’elle aime ; 10
         Et, lui, mon Dieu, si ce n’est pas toi-même, 10
         Malheur à moi ! 4
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