DES_2/DES218
Marceline Desbordes-Valmore
LES PLEURS
1830
LE SONGE
Oui, l’amour vit d’erreurs et de pressentiments,
Eh ! qui ne lui connaît, dans ses vagues tourments,
Pour irriter sa fièvre ou calmer ses alarmes,
Des superstitions, des augures, des charmes ?
On dirait qu’immortel, ce tyran passager,
À son frêle avenir ne voit rien d’étranger.
H. de Latouche.
         C’était un songe : il me parlait. 8
         Que sa voix était douloureuse ! 8
         « Adieu ! disait-il ; sois heureuse ! » 8
         Et cependant il s’en allait ! 8
5 Seul au fond d’une vaste plaine, 8
         De loin il me montrait des fleurs ; 8
         Et mes pieds me portaient à peine ; 8
         Et ma voix s’écoulait en pleurs. 8
         Mon cœur s’épuisait à l’attendre, 8
10 Les chemins se changeaient en flots ; 8
         J’exhalais son nom sans m’entendre, 8
         Je ne criais que des sanglots. 8
         Il regarde, il pleure, il s’arrête. 8
         « Tu le veux, dit-il, me voilà ! » 8
15 Des ailes planaient sur ma tête : 8
         Il était ange… et s’envola. 8
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