DES_2/DES224
Marceline Desbordes-Valmore
LES PLEURS
1830
L’ADIEU TOUT BAS
Quoi ! chanter ! quand l’amour, quand la douleur déchire !
Chanter, la mort dans l’âme et les pleurs dans les yeux !
Jean Polonius.
         Autant que moi-même, 5
         En quittant ces lieux, 5
         Cherchez qui vous aime 5
         Et vous plaise mieux ! 5
5 Éloignez la flamme 5
         Qui nourrit mes pleurs, 5
         Car je n’ai qu’une âme 5
         Pour tant de douleurs ! 5
         La raison regarde 5
10 A trop d’amitié ; 5
         J’en pris, par mégarde, 5
         Plus de la moitié ! 5
         Dormez à ma plainte, 5
         Quand j’écris tout bas 5
15 Ces mots que ma crainte 5
         N’exhalera pas ! 5
         La femme qui pleure 5
         Trahit son pouvoir ; 5
         Il faut qu’elle meure 5
20 Sans le laisser voir ! 5
         Quand le cœur sommeille 5
         Frappé de langueur, 5
         Ce n’est pas l’oreille 5
         Qui comprend un cœur. 5
25 Il est un langage 5
         Appris par les yeux ; 5
         Nos yeux, page à page, 5
         Y trouvent les cieux ! 5
         C’est un livre d’ange, 5
30 Quand on est aimé ; 5
         Si l’un des deux change, 5
         Le livre est fermé ! 5
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