DES_2/DES229
Marceline Desbordes-Valmore
LES PLEURS
1830
PITIÉ
… Ciel ! où donc êtes-vous ?
À tout ce qu’elle entend, de vous seule occupée,
De chaque bruit lointain mon oreille frappée,
Écoute, et croit souvent reconnaître vos pas ;
Je m’élance, je cours, et vous ne venez pas !
André Chénier.
         Eh ! pourquoi ces clameurs, cet effroi, ces prières ? 12
         Va-t-il pour me troubler, franchir quelques barrières ? 12
         Songe-t-il si par lui mon sort fut triste… et doux ? 12
         Si mon cœur est paisible, ou volage, ou jaloux ? 12
5 Jamais de sa couronne une feuille légère 12
         Cherche-t-elle ma vie à sa vie étrangère ? 12
         Son nom seul fugitif et parfois caressant, 12
         Porté vers l’avenir, me salue en passant. 12
         De lui, rien ! Peine affreuse et jamais exprimée ! 12
10 Douleur toujours profonde et toujours renfermée ! 12
         Rapprochement cruel des jours purs et dorés, 12
         Par ses regards, bien plus que des cieux éclairés, 12
         Avec ces jours d’exil, d’abandon, d’amertume, 12
         De regret qui déchire, et d’espoir qui consume ! 12
15 Oh ! qu’il n’apprenne pas ces tourments infinis 12
         Dont les cœurs trop naïfs sont raillés et punis ! 12
         Et puis, ce n’est pas lui, c’est l’amour qui me tue. 12
         Il détacha son sort de ma vie abattue ; 12
         À présent, je descends un rapide chemin, 12
20 Dans une sombre nuit où j’ai perdu sa main. 12
         Il ne viendra jamais ; pourquoi le lui défendre ? 12
         Je l’ai haï ; qu’importe ? A-t-il voulu l’apprendre ? 12
         S’occupe-t-on toujours d’un danger qui n’est plus ? 12
         Vers des échos muets que de cris superflus ! 12
25 Ah ! je me fais pitié, je pleure sur moi-même, 12
         Et je dis bien souvent : « Ce n’est plus lui que j’aime ! » 12
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