DES_2/DES236
Marceline Desbordes-Valmore
LES PLEURS
1830
L’ÉTONNEMENT
Amour ! tu es le seul bonheur de la vie ; et
cependant tu es le bonheur sans repos !
Ancillon.
         D’où sait-il que je l’aime encore ? 8
         Je ne le dis pas… je l’ignore, 8
         Je ne descends plus dans mon cœur, 8
         Je crains d’y rapprendre un malheur. 8
5 Et de l’absence que j ’abhorre 8
         Lui qui prolongea la froideur, 8
         D’où sait-il que je l’aime encore ? 8
         Que sa mémoire me fait peur ! 8
         Il dit que l’amour sait attendre, 8
10 Et deux cœurs mariés s’entendre ! 8
         Et ce lien défait par lui, 8
         Il vient le reprendre aujourd’hui. 8
         Il dit nous ! comme à l’aube tendre 8
         D’un jour heureux qui n’a pas lui ; 8
15 Il dit que l’amour sait attendre : 8
         J’écoutais… et je n’ai pas fui ! 8
         Je n’ai trouvé rien à répondre ; 8
         Dans sa voix qui sait me confondre 8
         Le passé vient de retentir, 8
20 Et ma voix ne pouvait sortir. 8
         J’ai senti mon âme se fondre ; 8
         Tout près d’un nouveau repentir, 8
         Je n’ai trouvé rien à répondre : 8
         Non ! je n’ai pas osé mentir ! 8
25 Dieu ! sera-t-il encor mon maître ? 8
         Sa tristesse dit qu’il veut l’être ; 8
         Sans cris, sans pleurs, sans vains débats, 8
         Comme il veut ce qu’il veut tout bas. 8
         Oui ! je viens de le reconnaître, 8
30 Rêveur, attaché sur mes pas. 8
         Dieu ! sera-t-il encor mon maître ? 8
         Mais, absent, ne l’était-il pas ? 8
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