DES_2/DES239
Marceline Desbordes-Valmore
LES PLEURS
1830
NADÈGE
Au ciel elle a rendu sa vie
Et doucement s’est endormie,
Sans murmurer contre ses lois.
Ainsi le sourire s’efface ;
Ainsi meurt, sans laisser de trace,
Le chant d’un oiseau dans les bois.
Parny.
         Elle est aux cieux, la douce fleur des neiges ; 10
         Elle se fond au bord de son printemps. 10
         Voit-on mourir de si jeunes instants ! 10
         Mais ils souffraient, mon Dieu ! tu les abrèges. 10
5 Son sort a mis des pleurs dans tous les yeux ! 10
         C’était, on croit, l’auréole d’un ange, 10
         Tombée à l’ombre et regrettée aux cieux. 10
         D’un peu de vie, oh ! que la mort te venge, 10
         Fleur dérobée au front d’un séraphin ! 10
10 Reprends ton rang avec un saint mystère ; 10
         Et ce fil d’or, dont nous pleurons la fin, 10
         Va l’attacher autre part qu’à la terre ! 10
SUR SA TOMBE
         Sous les frimas du nord tendre fleur enfermée, 12
         Dans la neige et le sang a germé ton destin, 12
15 Lorsque aux plis du drapeau de notre vieille armée, 12
         Dieu lui-même abrita ton orageux matin, 12
         L’incendie épura leur vieille et sainte gloire ; 12
         Toi, ton jeune parfum s’exhale vers les cieux. 12
         Nadège ! il restera frais à notre mémoire, 12
20 Comme le doux regard où tremblaient tes adieux 12
         À vingt ans. 3
         À vingt ans ! 3
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