DES_2/DES256
Marceline Desbordes-Valmore
LES PLEURS
1830
L’ENFANT AU RAMEAU
Un cœur simple, encore qu’il puisse être
trompé, ne trompe jamais.
Bernardin de Saint-Pierre.
         Prends ce rameau, jeune fille, 7
         Pour voiler tes frêles fleurs ; 7
         Porte-le dans ta famille ; 7
         Une eau sainte y roule et brille ; 7
5 Il est trempé de vrais pleurs. 7
         Sous l’oreiller de ton père, 7
         Glisse ce charme béni ; 7
         Par lui tout songe est prospère ; 7
         Soit qu’on tremble ou qu’on espère, 7
10 Par lui, tout mal est fini. 7
         Dis-lui qu’une pauvre femme 7
         De loin l’apporte aujourd’hui ; 7
         Qu’elle est triste ! et que son âme 7
         Prie avec des vœux de flamme, 7
15 Pour toi, sa fille ! et pour lui. 7
         Dis-lui que jamais l’orage 7
         N’atteindra son jeune enfant, 7
         Et que les flots d’un autre âge 7
         Le berceront sans naufrage ; 7
20 Car le rameau le défend ! 7
         Dis-lui de garder la cendre 7
         D’une moitié du rameau, 7
         Et que s’il peut y descendre, 7
         Il vienne un jour la répandre 7
25 Sur la paix de mon tombeau. 7
         Y joindras-tu, jeune fille, 7
         Une de tes frêles fleurs, 7
         Pour que Dieu dans ta famille 7
         Où ta candeur chante et brille, 7
30 Verse le prix de mes pleurs ? 7
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