DES_2/DES257
Marceline Desbordes-Valmore
LES PLEURS
1830
LA FIANCÉE POLONAISE
Et de tous leurs bienfaits écartant la mémoire.
Vont demander à Dieu le pardon de leur gloire.
Delphine Gay (de Girardin),
         « Ouvrez ! » — Qui frappe à l’heure 6
         Où l’homme dort souvent ? 6
         Est-ce un blessé qui pleure 6
         De revenir vivant ? 6
5 — « Ouvrez ! je vous en prie ; 6
         De mon lointain hameau, 6
         J’apporte à la patrie 6
         Ce que j’ai de plus beau. 6
         « Des anges sentinelles, 6
10 Envolés sans remords, 6
         J’ai vu les blanches ailes 6
         Envelopper vos morts ! 6
         Regardez ! Nulles toiles 6
         Ne doublent leurs cercueils ; 6
15 Pitié, jette tes voiles ! 6
         Ils n’ont pas de linceuls ! » 6
         Et la femme au front d’ange, 6
         Aux yeux tristes sans pleurs, 6
         De la terre où tout change 6
20 Essayant les douleurs, 6
         Au nom du Dieu qui donne, 6
         Sur de chastes autels 6
         Apporte une humble aumône 6
         À ses frères mortels ! 6
25 « Je suis… je fus promise 6
         À qui défend vos dieux ; 6
         Mais la noce est remise : 6
         On se retrouve aux cieux ! 6
         Cet anneau qui me lie 6
30 Entraînera mon cœur : 6
         C’est le don de ma vie !… 6
         Qu’il vous porte bonheur. » 6
         Et, comme la colombe 6
         Vient d’un autre séjour, 6
35 Jeter sur une tombe 6
         Quelque secret d’amour, 6
         Fidèle à son épreuve, 6
         Sur un drapeau sanglant 6
         La jeune vierge veuve 6
40 Posa l’anneau tremblant. 6
         Ces dons que le cœur sème 6
         Aux blessés du chemin, 6
         Dieu les voit, Dieu les aime, 6
         Dieu les pèse en sa main ; 6
45 Et de vieux prêtres d’armes, 6
         En baisant l’anneau d’or, 6
         L’enrichirent de larmes : 6
         Rois, craignez ce trésor ! 6
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