DES_4/DES354
Marceline Desbordes-Valmore
POÉSIES INÉDITES
1860
AMOUR
LA FEUILLE VOLÉE
         Va-t-il écrire a sa maîtresse 8
         L’oiseau vainqueur, le moineau franc, 8
         Sur ce larcin que son bec presse, 8
         Sur ce lambeau de vélin blanc ? 8
5 Il me l’a pris. J’allais moi-même. 8
         Trempé de pardon et d’espoir, 8
         L’envoyer à l’absent que j’aime, 8
         Et l’appeler… s’il veut me voir. 8
         Souffle hardi qui viens de naître 8
10 Parmi les souffles de l’été, 8
         Je t’avais ouvert ma fenêtre, 8
         Et tu voles ma pauvreté ! 8
         Oiseau, le fragment d’une page 8
         Peut contenir tant de bonheur ! 8
15 Ah ! si tu le sais, sois mon page. 8
         Et ne t’en va pas sans mon cœur. 8
         Ce cœur, souvent, révèle à peine 8
         Le trouble enfermé de mon sort ; 8
         Ma voix ardente est sans haleine ; 8
20 Mon âme en pleurs est sans essor ; 8
         Et tes ailes me font envie, 8
         Quand ta volonté frappe l’air. 8
         Ton cri rapide est une vie ! 8
         Ton vol, un éloquent éclair ! 8
25 Ô flèche amoureuse lancée, 8
         Aussi prompte que ton désir, 8
         L’objet de ta fuite empressée, 8
         Dieu ! que tu dois bien le saisir ! 8
         Toi chez qui le printemps allume 8
30 L’audace et l’élan de l’amour, 8
         Remets ce papier sous ma plume 8
         Puisqu’il va promettre un beau jour. 8
         Mais tu t’enfuis, charmante chose. 8
         En me regardant de travers ; 8
35 Car tu hais la cellule close, 8
         Toi dont la cage est l’univers 8
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