DES_4/DES365
Marceline Desbordes-Valmore
POÉSIES INÉDITES
1860
AMOUR
DERNIÈRE ENTREVUE
         Attends, nous allons dire adieu 8
         Ce mot seul désarmera Dieu. 8
         Les voilà ces feuilles brûlantes 8
         Qu’échangèrent nos mains tremblantes ; 8
5 Où l’amour répandit par flots 8
         Ses cris, ses flammes, ses sanglots. 8
         Délivrons ces âmes confuses, 8
         Rendons l’air aux pauvres recluses. 8
         Attends, nous allons dire adieu : 8
10 Ce mot seul désarmera Dieu. 8
         Voici celle qui m’a perdue 8
         Lis ! Quand je te l’aurai rendue, 8
         De tant de mal, de tant de bien, 8
         Il ne me restera plus rien. 8
15 Brûlons ces tristes fleurs d’orage, 8
         Moi, par effroi ; toi, par courage. 8
         Elles survivraient trop d’un jour 8
         Au naufrage d’un tel amour. 8
         Par pitié, sois-nous inflexible ! 8
20 Pour ce sacrifice impossible, 8
         Il fallait le secours des cieux, 8
         Et les regarder dans tes yeux ! 8
         Contre toi le sort n’a plus d’armes ; 8
         Oh ! ne pleure pas… bois mes larmes ! 8
25 Lève au ciel ton front abattu ; 8
         Je t’aime à jamais : le sais-tu ? 8
         Mais te voilà près de la porte… 8
         La terre s’en va… je suis morte !… 8
         Hélas ! je n’ai pas dit adieu… 8
30 Toi seul es sauvé devant Dieu ! 8
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