DES_4/DES397
Marceline Desbordes-Valmore
POÉSIES INÉDITES
1860
FAMILLE
L’ÂME ERRANTE
         Je suis la prière qui passe 8
         Sur la terre où rien n’est à moi ; 8
         Je suis le ramier dans l’espace. 8
         Amour, où je cherche après toi. 8
5 Effleurant la route féconde, 8
         Glanant la vie à chaque lieu, 8
         J’ai touché les deux flancs du monde 8
         Suspendue au souffle de Dieu. 8
         Ce souffle épura la tendresse 8
10 Qui coulait de mon chant plaintif 8
         Et répandit sa sainte ivresse 8
         Sur le pauvre et sur le captif. 8
         Et me voici louant encore 8
         Mon seul avoir, le souvenir, 8
15 M’envolant d’aurore en aurore 8
         Vers l’infinissable avenir. 8
         Je vais au désert plein d’eaux vives 8
         Laver les ailes de mon cœur, 8
         Car je sais qu’il est d’autres rives 8
20 Pour ceux qui vous cherchent. Seigneur ! 8
         J’y verrai monter les phalanges 8
         Des peuples tués par la faim, 8
         Comme s’en retournent les anges, 8
         Bannis, mais rappelés enfin… 8
25 Laissez-moi passer, je suis mère ; 8
         Je vais redemander au sort 8
         Les doux fruits d’une fleur amère 8
         Mes petits volés par la mort. 8
         Créateur de leurs jeunes charmes, 8
30 Vous qui comptez les cris fervents, 8
         Je vous donnerai tant de larmes 8
         Que vous me rendrez mes enfants ! 8
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