DES_4/DES403
Marceline Desbordes-Valmore
POÉSIES INÉDITES
1860
FOI
REFUGE
         Il est du moins au-dessus de la terre 10
         Un champ d’asile où monte la douleur ; 10
         J’y vais puiser un peu d’eau salutaire 10
         Qui du passé rafraîchit la couleur. 10
5 Là seulement ma mère encor vivante 10
         Sans me gronder me console et m’endort ; 10
         Ô douce nuit, je suis votre servante : 10
         Dans votre empire on aime donc encor ! 10
         Non, tout n’est pas orage dans l’orage ; 10
10 Entre ses coups, pour desserrer le cœur, 10
         Souffle une brise, invisible courage, 10
         Parfum errant de l'éternelle fleur ! 10
         Puis c’est de l’âme une halte fervente, 10
         Un chant qui passe, un enfant qui s’endort. 10
15 Orage, allez ! je suis votre servante : 10
         Sous vos éclairs. Dieu me regarde encor ! 10
         Béni soit Dieu puisqu’après la tourmente, 10
         Réalisant nos rêves éperdus, 10
         Vient des humains l’infatigable amante 10
20 Pour démêler les fuseaux confondus ! 10
         Fidèle mort ! Si simple, si savante ! 10
         Si favorable au souffrant qui s’endort ! 10
         Me cherchez-vous ? Je suis votre servante : 10
         Dans vos bras nus l’âme est plus libre encor ! 10
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