DES_4/DES413
Marceline Desbordes-Valmore
POÉSIES INÉDITES
1860
ENFANTS ET JEUNES FILLES
POUR ENDORMIR L’ENFANT
         Ah ! si j’étais le cher petit enfant 10
         Qu’on aime bien, mais qui pleure souvent, 10
         Gai comme un charme, 4
         Sans une larme, 4
5 J’écouterais chanter l’heure et le vent… 10
         (Je dis cela pour le petit enfant). 10
         Si je logeais dans ce mouvant berceau, 10
         Pour mériter qu’on m’apporte un cerceau, 10
         Je serais sage 4
10 Comme une image, 4
         Et je ferais moins de bruit qu’un oiseau… 10
         (Je dis cela pour l’enfant du berceau). 10
         Ah ! si j’étais notre blanc nourrisson, 10
         Pour qui je fais cette belle chanson, 10
15 Tranquille à l’ombre, 4
         Comme au bois sombre, 4
         Je rêverais que j’entends le pinson… 10
         (Je dis cela pour le blanc nourrisson). 10
         Ah ! si j’étais l’ami des blancs poussins 10
20 Dormant entre eux, doux et vivants coussins 10
         Sans que je pleure, 4
         J’irais sur l’heure 4
         Faire chorus avec ces petits saints… 10
         (Je dis cela pour l’ami des poussins). 10
25 Si le cheval demandait à nous voir, 10
         Riant d’aller nager à l’abreuvoir, 10
         Fermant le gîte, 4
         Je crîrais vite : 4
         « Demain l’enfant pourra vous recevoir »… 10
30 (Je dis cela pour l’enfant qu’il vient voir). 10
         Si j’entendais les loups hurler dehors, 10
         Bien défendu par les grands et les forts, 10
         Fier comme un homme 4
         Qui fait un somme, 4
35 Je répondrais : « Passez, Messieurs, je dors !…» 10
         (Je dis cela pour les loups du dehors) 10
         On n’entendit plus rien dans la maison 10
         Ni le rouet, ni l’égale chanson ; 10
         La mère ardente 4
40 Fine et prudente, 4
         Fit rendormie auprès de la cloison, 10
         Et suspendit tout bruit dans la maison. 10
(Sur une mélodie allemande.)
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