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Marceline Desbordes-Valmore
POÉSIES INÉDITES
1860
ENFANTS ET JEUNES FILLES
LE PETIT BRUTAL
         J’ai vu bien des enfantsmal éclos dans ma vie ; 6+6
         J’en ai tant vu, tant vuque les yeux m’en font mal ! 6+6
         Mais ils valaient de l’orprès du petit brutal 6+6
         Qui, de ne pas l’aimer,me donnerait l’envie. 6+6
5 Il faut aimer pourtant :que faire de son cœur ? 6+6
         Quand il serait encorplus hardi, plus moqueur, 6+6
         Il faut en le grondantlui faire une caresse 6+6
         Et le changer peut-êtreà force de tendresse. 6+6
         Gronder n’est pas si beau.
         — « Viens donc, mon pauvre enfant, 6+6
10 Ma raison te pardonneet mon cœur te défend. 6+6
         La malice est un dardque l’indulgence émousse. 6+6
         Bonjour ! Prends cette orangeElle est mure, elle est douce ; 6+6
         Fais-en ce que tu veux ;je la gardais pour toi : 6+6
         Un jour, pour quelque enfanttu feras comme moi. 6+6
         Tu ne dis pas merci ?
         — Non.
         — Pourquoi donc ?
15 — Je mange. 6+6
         Et tu ne m’aimes pasun peu ?
         — J’aime l’orange. 6+6
         — Tu n’es pas dans ton tort.Mais poursuis ton chemin ; 6+6
         Sois libre comme l’air.
         — Je t’aimerai demain. 6+6
         — Je le sais mieux que toi,ton regard me l’assure ; 6+6
20 Comme un petit serpenttu guéris ta morsure. 6+6
         — Je n’aime pas le grandqui me fait de grands yeux, 6+6
         ...........................................................................
         Et qui lève toujourssa canne sur ma tête. 6+6
         C’est un laid, c’est un noir,c’est une grosse bête ! 6+6
25 Quand il sera petitet que je serai grand, 6+6
         Nous verrons !
         — Ne peux-tul’éviter en courant ; 6+6
         Et le laisser partirsans que tu le déranges ? 6+6
         On se distrait d’ailleursen mangeant des oranges. 6+6
         C’est si bon, d’être bon,d’être gai, franc, loyal, 6+6
30 Et d’être pardonnéquand on a fait le mal ! 6+6
         Dieu m’a traitée ainsilorsque j’étais méchante : 6+6
         Celle bonté toujoursme rend bonne et m’enchante ! 6+6
         — Vous avez donc crié ?
         — Tais-toi, c’était affreux ! 6+6
         Et les petits enfantsse regardaient entre eux. 6+6
35 J’arrachais les fruits verds,je marchais sur les roses ; 6+6
         Je faisais, comme toi,de très-vilaines choses. 6+6
         Et l’on me détestait.
         — C’est drôle !
         — C’est bien plus, 6+6
         C’est bête, et l’on s’en moqueaux livres que j’ai lus. 6+6
         Lis-tu beaucoup ?
         — Jamais !Je déchire la page. 6+6
40 Quand vous étiez méchante,aimiez-vous le tapage ? 6+6
         À t’en donner horreur.Tu verras !
         — Je verrai. 6+6
         — Viens, nous en causeronscomme amis.
         — Je viendrai. 6+6
         Mais quand ?
         À la belle heureavec toi reparue. 6+6
         Ah ! c’est que j’ai beaucoupd’affaires dans la rue ! 6+6
45 — Ne te gène donc paset viens quand tu voudras. 6+6
         Je me confesserai :toi, tu me jugeras. » 6+6
         Il vint, et de lui-mêmeouvrant d’un coup la porte 6+6
         Il y passait sa têteaimable ou non, n’importe, 6+6
         Et tenté par un charme,une histoire, un doux fruit, 6+6
50 Il oubliait de battreet de faire du bruit. 6+6
mètre profil métrique : 6+6
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