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Marceline Desbordes-Valmore
POÉSIES INÉDITES
1860
POÉSIES DIVERSES
LE SOLEIL LOINTAIN
À Madame MARIE D’AGOULT.
         Quand vous m’avez écrit tout ce que femme ou mère 12
         Écrira de plus doux, 6
         Je me plaignais, Madame, à cette vie amère : 12
         Je lui parlais de vous ; 6
5 De vous dont l’esprit pur, dont la grâce rêveuse, 12
         Dont les regards charmants 6
         Ont versé leurs rayons sur moi, pale couveuse 12
         D’immobiles tourments. 6
         Triste, je demandais à la force voilée 12
10 Qui nous plie à genoux, 6
         Pourquoi, presque divine, ô jeune âme étoilée, 12
         Vous pleurez comme nous. 6
         Elle aussi, lui disais-je, elle aussi, sous ses roses, 12
         Sous ses longs cheveux d’or, 6
15 À l’heure où le sommeil assoupit toutes choses, 12
         Demande si l’on dort ! 6
         Elle aussi, quand la lune argente sa fenêtre, 12
         Cherche son heure au ciel ; 6
         Et quand tous les plaisirs semblent l’avoir fait naître, 12
20 Dit que naître est cruel. 6
         Pourquoi souffler en nous, argile sans pensée, 12
         La pensée et le jour, 6
         Pour nous détruire ainsi, l’âme à tout coup blessée 12
         Par la mort, et l’amour ? 6
25 Ô vie ! ô fleur d’orage ! ô menace ! ô mystère ! 12
         Ô songe aveugle et beau ! 6
         Réponds : ne sais-tu rien en passant sur la terre 12
         Que ta route au tombeau ? 6
         — « Ingrate, a dit la vie, à qui donc l’espérance. 12
30 Fruit divin de ma fleur ? 6
         Vous retournerez-vous vers un jour de souffrance, 12
         Dans l’éternel bonheur ? 6
         « Si vous n’entendez pas tant de voix éternelles, 12
         Que sert de vous parler ? 6
35 Vos pieds sont las, pliez ! Dieu vous mettra des ailes, 12
         Et vous pourrez voler. 6
         De vos fronts consternés, mères inconsolables, 12
         Les cyprès tomberont, 6
         Quand pour vous emmener, messagers adorables. 12
40 Vos enfants descendront. 6
         « Vos sanglots se perdront dans de longs cris de joie, 12
         Quand vous verrez la mort 6
         Bercer aux pieds de Dieu son innocente proie. 12
         Comme un agneau qui dort. 6
45 « La mort, qui reprend tout, sauve tout sous ses ailes, 12
         Sa nuit couve le jour. 6
         Elle délivre l’âme, et les âmes entre elles 12
         Savent que c’est l’amour ! » 6
         Ainsi, Madame, allons ! L’augure a trop de charmes 12
50 Pour n’être pas certain : 6
         Allons ! Et dans la nuit tournons nos yeux en larmes 12
         Vers le soleil lointain ! 6
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