DES_4/DES464
Marceline Desbordes-Valmore
POÉSIES INÉDITES
1860
POÉSIES DIVERSES
LE BANNI
         Les toits étaient | dorés par le couchant ; 4+6
         D’heureux enfants | jouaient dans la poussière, 4+6
         Et d’une église | tintait la prière, 4+6
         La brise, au loin, | portait le dernier chant. 4+6
5 Sur le chemin | à tous libre et splendide, 4+6
         Un homme seul | errait triste et livide : 4+6
         Cet homme étrange | avait peine à courir, 4+6
         Et peine à vivre | et peut-être à mourir. 4+6
         Son œil voilé | jetait un feu farouche ; 4+6
10 D’ardents soupirs | par force ouvraient sa bouche ; 4+6
         Quelqu’un, l’osant, | t crié : « Qu’avez-vous ? » 4+6
         Mais il craignait | la charité de tous. 4+6
         De tous… oh ! non, | peu regardaient cette âme 4+6
         Passer trnant | son orageuse flamme, 4+6
15 Comme voulant | entre le sol et l’air 4+6
         Glisser furtive | et pareille à l’éclair. 4+6
         La terre est longue | à toute âme exilée. 4+6
         Fuyant son nom | de vallée en vallée. 4+6
         Rien sur son corps | ne tient que par lambeaux ; 4+6
20 S’il va s’asseoir | c’est auprès des tombeaux. 4+6
         Qu’a-t-il donc fait ? | Qu’en a-t-on su ?… Qu’importe 4+6
         Son dur pays | qui lui ferme la porte 4+6
         Le sait-il mieux ? | Le plus sûr aujourd’hui. 4+6
         C’est de prier | pour son juge et pour lui. 4+6
25 Dieu les attend | et tous les deux sont frères, 4+6
         Dieu tient la clé | de terribles mystères. 4+6
         Sa loi n’est pas | l’éternelle rigueur : 4+6
         Dieu fit l’amour, | l’homme en a fait l’erreur. 4+6
         Ayant franchi | le carrefour qui crie, 4+6
30 Une humble voix | a dit : « Je vous en prie ! 4+6
         « Faites l’aumône | à mon destin voilé, 4+6
         « Et dans vos maux | vous serez consolé. 4+6
         « Vous verrez l’heure | à sa douce lumière : 4+6
         « De toute joie, | hélas ! c’est la première ! 4+6
35 « Voyez ! voyez ! | et que Dieu sur vos pas 4+6
         « Sème les biens | que nous ne voyons pas ! » 4+6
         Et l’homme étrange | a tressailli dans l’ombre ; 4+6
         Et l’eau divine | a mouillé son œil sombre, 4+6
         Cette eau du cœur | qui lave le remords 4+6
40 Comme une pluie | a relevé son corps. 4+6
         Il a donné ! | Ce pauvre a fait l’aumône ; 4+6
         Et l’autre pauvre | a béni qui lui donne ; 4+6
         Et le voyant, | au son de cette voix, 4+6
         A cru rentrer | dans son libre autrefois. 4+6
45 Tout parcouru | par cette voix bénie 4+6
         Il jurerait | que sa peine est finie. 4+6
         Pour une larme, | hélas ! pour un grain d’or, 4+6
         Dieu permet donc | qu’on le salue encor ! 4+6
         « La voix, dit-il, | parle comme ma mère ! 4+6
50 Elle a rompu | pour moi la mort amère. 4+6
         Et remué | comme un petit enfant 4+6
         Le vieux banni | dans l’exil étouffant. 4+6
         Merci ma mère ! | » Et le banni se couche 4+6
         Sous le nom pur | qui rassainit sa bouche. 4+6
55 Ô vieille mère ! | aumône de l’amour ! 4+6
         Voilà ton fils | doux comme au premier jour ! 4+6
mètre profil métrique : 4+6
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