DES_4/DES465
Marceline Desbordes-Valmore
POÉSIES INÉDITES
1860
POÉSIES DIVERSES
FRAGMENT
         Quand les anges entre eux se parlent de la terre, 12
         Le dernier qui l’a vue ébruite avec mystère 12
         Quelque secret d’enfant pris dans cet humble lieu, 12
         Qu’il cache sous son aile et qu’il rapporte à Dieu. 12
5 Nos mères les ont vus durant les nuits brûlantes 12
         Semant sur leur chemin les étoiles filantes, 12
         Ces éclairs sans orage aux glissantes blancheurs 12
         Répandus sous les pas des anges voyageurs. 12
         L’un deux, qui remontait souriant et plein d’aise, 12
10 Tandis qu’un cercle aimé le salue et le baise. 12
         Dégageant ses beaux pieds de leurs sandales d’or, 12
         Ouvre ainsi tout son cœur qui palpitait encor : 12
         « J’arrive de la terre où la nuit est bien noire ; 12
         L’homme en a presque peur ; c’est à ne pas le croire ! 12
15 Les cœurs sont si cachés dans ces étroits séjours 12
         Que même en se parlant on s’ignore toujours ; 12
         Et, sinon les instants où d’indicibles flammes 12
         Révèlent par les yeux la présence des âmes, 12
         Dans l’ombre se cherchant, mais étrangers entre eux, 12
20 Vous n’imaginez pas comme ils sont malheureux. 12
         Les plumes dans le vent flottent moins ballottées 12
         Que ces ombres en bas dans le doute emportées. 12
         Qu’est-ce donc qu’une vie attachée à des corps 12
         Dont un faible roseau peut rompre les ressorts ! 12
25 Dieu qui les veut mortels a marqué leur visage, 12
         Même les plus charmants, d’un douloureux présage ; 12
         Mais distraits par des jeux vides et décevants 12
         Ils deviennent vieillards sans cesser d’être enfants. 12
         Jaloux de nos clartés qu’ils ne peuvent atteindre, 12
30 Allumant de grands feux, toujours prêts à s’éteindre, 12
         Pour éclairer leurs jours et leur destin voilé, 12
         Ils n’ont qu’un seul soleil et qu’un ciel étoilé ! 12
         Puis noyant leurs soucis dans des flots de paroles, 12
         Dans un rire insensé, dans des colères folles, 12
35 Ces aveugles épars, pleins d’horreur pour la mort. 12
         En la fuyant partout la donnent sans remord. 12
         « C’est triste !…» C’est la terre. Et pourtant, mille charmes 12
         Nous attirent sans cesse à ce pays des larmes. 12
         On dirait que poussés d’un profond souvenir 12
40 Nous allons les guider au céleste avenir. 12
         Et j’allais… Et pareils à des oiseaux nocturnes, 12
         Ces pensers me guidaient tendres et taciturnes, 12
         Vers le toit d’un palais où j’entendais gémir 12
         Un enfant, roi futur, qui ne pouvait dormir. 12
45 « Qu’as-tu, petit chrétien roulé dans tes dentelles ? 12
         Fines comme le vent, en quoi te blessenl-elles ? 12
         Dis, petit roi pleureur, dis tout ce que tu veux, 12
         Et vers le roi des rois je porterai tes vœux. » 12
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