DUC_3/DUC95
Alexandre Ducros
Les Étrivières
1867-1885
Deuxième Partie
(1870-1871)
Des Armes !!!
Aux députés de la Droite Séance
du 11 août 1870. Au Corps Législatif
         Non ! vous ne voulez pas armer la Capitale, 12
         Malgré le cri des citoyens. 8
         Une heure de retard peut nous être fatale… 12
         Attendez-vous donc les Prussiens ? 8
5 Chaque jour l'ennemi fait un pas sur nos terres, 12
         Il vient !… Il avance !… Il est là ! 8
         Et vous argumentez, tribuns plébiscitaires ? 12
         Voilà l'ennemi ! Le voilà ! 8
         Si vous êtes Français, descendez de vos stalles, 12
10 Où vous défiez le destin, 8
         Donnez-nous un fusil et transformez en balles, 12
         Les boules de votre scrutin. 8
         Savez-vous, à la fin, que le peuple demande, 12
         D'où vient votre hésitation ? 8
15 En face du péril une lenteur si grande, 12
         Semble presque une trahison ! 8
         Songez-y ! car Paris tranquille à la surface, 12
         Fixe des yeux ardents sur vous ; 8
         Sous un calme apparent il cache la menace, 12
20 Qui demain deviendra courroux ! 8
         Si tu tiens à sauver l'Empire qui chancelle, 12
         L'Empire lâche et vermoulu, 8
         Empêche que Paris irrité se rebelle, 12
         O Parlement irrésolu. 8
25 S'il demande un fusil, ne crois pas qu'il conspire, 12
         C'est que les Prussiens sont venus, 8
         C'est qu'il veut les chasser !… Quant à tomber l'Empire, 12
         Il n'aura qu'à souffler dessus ! 8
         Un fusil ! Un fusil. Car l'atelier se ferme, 12
30 Car le travail est arrêté, 8
         Car toute patience à la fin trouve un terme, 12
         Devant l'opiniâtreté ! 8
         Nous serons patients tant que dans nos demeures, 12
         Nous aurons un morceau de pain, 8
35 Mais nous crierons : « Assez ! » quand sonneront les heures, 12
         Les heures sombres de la faim ! 8
         Ne les attendez pas ; elles seraient terribles, 12
         Et vous feriez de vains efforts, 8
         Quand du vase trop plein les haines indicibles, 12
40 Couleraient rouges à pleins bords ! 8
         — « Un fusil ! Un fusil ! » c'est le cri que répète 12
         La Capitale, — mais, demain, 8
         Si vous demeurez sourds, il se peut qu'elle jette 12
         Cet autre cri : « du Pain ! du Pain ! » (1) 8
45 Et vous serez perdus, et la France meurtrie, 12
         Pour qui nous voulons tous mourir, 8
         Fera forger pour vous, traîtres à la Patrie, 12
         Les vils carcans de l'avenir. 8
(1) Eh ! bien, non ! Ce cri, une fois l'Empire tombé, Paris ne le poussa pas !
Paris réduit à la famine ne fit pas entendre une plainte ; ce n'était pas
du pain qu'il demandait, mais de la poudre et des balles. Le peuple croyait
au salut et c'est parce qu'il avait fait le sacrifice de sa vie que, voyant
la reddition de Paris,
                                       ..... Les haines indicibles
                                     Coulèrent rouges à pleins bords !
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