GUE_1/GUE19
Charles Guérin
Le Cœur Solitaire
1895
III
FENÊTRES SUR LA VIE
XIX
         Le soir léger, avec sa brume claire et bleue, 12
         Meurt comme un mot d'amour aux lèvres de l'été, 12
         Comme l'humide et chaud sourire heureux des veuves 12
         Qui rêvent dans leur chair d'anciennes voluptés. 12
5 La ville, pacifique et lointaine, s'est tue. 12
         Dans le jardin pensif où descend le repos 12
         Frissonne avec un frais murmure un épi d'eau 12
         Dont la tige se rompt parfois au vent nocturne 12
         Des jupes font un bruit de feuilles sur le sable. 12
10 Des couples amoureux se parlent à voix basse ; 12
         Les roses que leurs doigts songeurs ont effeuillées 12
         Répandent une odeur enivrante de miel. 12
         Un pâle jour occupe encor le bas du ciel 12
         Et mêle, charme étrange et confidentiel, 12
15 De la lumière en fuite à de l'ombre étoilée. 12
         Que me font les soleils à venir, que me font 12
         L'amour et l'or et la jeunesse et le génie ! … 12
         Laissez-moi m'endormir d'un doux sommeil, d'un long 12
         Sommeil, avec des mains de femme sur mon front : 12
20 Ah ! Fermez la fenêtre ouverte sur la vie ! 12
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