GUE_1/GUE7
Charles Guérin
Le Cœur Solitaire
1895
I
VII
         Je voudrais être un homme : or rien, dans mes poèmes, 12
         Ne touche au fond sacré de l'humanité même. 12
         Aux heures de paresse on s'arrête à ce livre 12
         Comme on entre dans une auberge somptueuse, 12
5 Pour y goûter un peu la paix voluptueuse 12
         Qui coule des chansons et des belles musiques. 12
         Les affligés s'en vont bercer leur peine ailleurs, 12
         La femme reste indifférente, et les railleurs 12
         Gardent le pli crispé de leur sourire amer. 12
10 On dit : « ce sont des mots, des mots, de simples mots. 12
         C'est un enfant qui crie avant d'avoir souffert ; 12
         Peut-être un baladin qui mime les sanglots… 12
         Que vient-il nous parler de l'amour, celui-là, 12
         Avec sa flûte et ses sonnets à falbalas ? 12
15 Oh ! Ce cortège exquis de petites douleurs 12
         Qu'il précède en jetant sur leur chemin des fleurs ! » 12
         Hélas ! Ceux qui m'ont lu ne disent que trop vrai. 12
         Que n'ai-je le génie âpre qu'il me faudrait 12
         Pour émouvoir profondément leurs coeurs secrets ? 12
20 Hélas ! Oui, je voudrais leur offrir en écho 12
         Le livre où chaque amant revivrait ses baisers, 12
         Et, puisqu'au fond tout est des mots, rien que des mots, 12
         Savoir au moins les mots divins qui font pleurer. 12
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