HAU_1/HAU11
Edmond Haraucourt
La Légende des Sexes
Poëmes Hystériques
1882
La légende des sexes
AUX INTERNES DE LOURCINES,
PRÊTRES DU TEMPLE DE DÉESSE DE VÉROLE
JE DÉDIE CES HIDEUX TERCETS, ÉCRITS EN LEUR HONNEUR. .
PORTES D'ENFER
…O horror, horror, horror ! Tongue nor heart
Cannot concieve nor name thee !
(Shakespeare, Macbeth, Acte II, Scène I.)
         Or j'étais descendupar les routes de Dante, 6+6
         Et j'entendais au loinle cri sourd des démons 6+6
         Qui tournent les damnésdans la fournaise ardente. 6+6
         Et j'allais… Et j'allais,escaladant les monts, 6+6
5 Traversant les forêts,et longeant sur les plages 6+6
         Les lacs lourds, qui dormaientdans l'algue et les limons. 6+6
         Seul, j'allais, sous le cieltout saignant de nuages, 6+6
         Dans la lumière fauveet louche du couchant. 6+6
         Et j'allais… Je marchaibien longtemps, bien des âges. 6+6
10 Ainsi je vins, au seuilqu'habite le Méchant, 6+6
         Vers les replis squameuxdes cols Syphilitiques : 6+6
         Là, mon être en frayeurs'arrêta, trébuchant. 6+6
         Deux chnons colossauxde montagnes antiques 6+6
         S'étalaient, convergeanten un point de la nuit, 6+6
15 Comme un écartementde cuisses fantastiques. 6+6
         Effroyablement nuset froids, sans fleur, sans fruit, 6+6
         Ces monts cyclopéensétaient de marbre rose, 6+6
         Et leurs formes avaientla rondeur qui séduit. 6+6
         Leur angle obtus s'ouvrait,lascif, dans une pose 6+6
20 D'attente féminine ;et loin dans le lointain, 6+6
         Le méat infernalbâillait, fente mal close 6+6
         — Jour de Dieu ! J'en ai vu,le soir ou le matin, 6+6
         J'en ai touché du doigt,des cons et des matrices 6+6
         Éprouvés et meurtrispar les coups du destin ; 6+6
25 J'ai vu des périnésmarqués de cicatrices, 6+6
         Et j'ai vu, distendupar les efforts du temps, 6+6
         Le sourire plissédes lèvres de nourrices, 6+6
         J'ai vu culs bourgeonneuxcomme vigne au printemps ; 6+6
         J'ai vu, laids et railleursdans leur barbe de Faune, 6+6
30 Sur de vieux clitorisdes capuchons flottants ; 6+6
         Et des canaux ocreuxcoulant comme le Rhône ; 6+6
         Et des lèvres de femmeusée au braquemart, 6+6
         Dont chaque pli pendait,rouge, bleu, noir ou jaune. 6+6
         Cons pourris de Lourcine,et cons morts de Clamart, 6+6
35 Je vous ai vus, baignésd'un jus multicolore, 6+6
         Nager, flasques, dans uneodeur de vieux homard. 6−6
         Mais j'en jure Duval,Inès et veuve Laure, 6+6
         Je n'avais jamais vusi terrible hideur, 6+6
         Et rien qu'au souvenirmes mains tremblent encore ! . 6+6
40 Un vaste Hymalaïa,fendu par l'impudeur, 6+6
         Entr'ouvrait sur la nuitdeux lèvres titanesques 6+6
         Dont des rides sans fondsillonnaient la raideur. 6+6
         L'usnée avait plaquéses vertes arabesques ; 6+6
         Et l'eau, lourde de soufreet de fer, suintait, 6+6
45 Peignant sur les rocs brunsde grands chancres en fresques. 6+6
         En bas, un lac gluantde flueurs clapotait, 6+6
         Et noirâtre, il luisaitdans ses grèves d'écume, 6+6
         Miroir géant, que lapourriture argentait. 6−6
         Un vent soufflait, chargéde naphte et de bitume : 6+6
50 Sa puanteur avaitde telles densités 6+6
         Qu'on la voyait passerdans l'air, comme une brume. 6+6
         Et tout en haut, perdudans les obscurités, 6+6
         Sur le mont de Vénus,un bois d'arbres farouches 6+6
         Tordait ses troncs noueuxsous les cieux empestés. 6+6
55 Par centaines, veluset roulant leurs yeux louches, 6+6
         Des poux rôdeurs, plus hautsque de vieux éléphants, 6+6
         Rampaient, collant au solles suçoirs de leurs bouches. 6+6
         Or, Satan, père et dieudes Chancres triomphants, 6+6
         A gravé sur le seuille grand vers de Florence 6+6
60 Qui fait devant la Vulvehésiter les enfants : 6+6
         Vous qui pénétrez làlaissez toute espérance. 6+6
mètre profil métrique : 6−6
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