HUG_1/HUG429
Victor Hugo
LES CONTEMPLATIONS
tome I
AUTREFOIS
1830-1843
LIVRE PREMIER
AURORE
XXVII
         Oui, je suis le rêveur ; | je suis le camarade 6+6
         Des petites fleurs d'or | du mur qui se dégrade, 6+6
         Et l'interlocuteur | des arbres et du vent. 6+6
         Tout cela me connt, | voyez-vous. J'ai souvent, 6+6
5 En mai, quand de parfums | les branches sont gonflées, 6+6
         Des conversations | avec les giroflées ; 6+6
         Je reçois des conseils | du lierre et du bleuet. 6+6
         L'être mystérieux, | que vous croyez muet, 6+6
         Sur moi se penche, et vient | avec ma plume écrire. 6+6
10 J'entends ce qu'entendit | Rabelais ; je vois rire 6+6
         Et pleurer ; et j'entends | ce qu'Orphée entendit. 6+6
         Ne vous étonnez pas | de tout ce que me dit 6+6
         La nature aux soupirs | ineffables. Je cause 6+6
         Avec toutes les voix | de la métempsycose. 6+6
15 Avant de commencer | le grand concert sacré, 6+6
         Le moineau, le buisson, | l'eau vive dans le pré, 6+6
         La forêt, basse énorme, | et l'aile et la corolle, 6+6
         Tous ces doux instruments, | m'adressent la parole ; 6+6
         Je suis l'habitué | de l'orchestre divin ; 6+6
20 Si je n'étais songeur, | j'aurais été sylvain. 6+6
         J'ai fini, grâce au calme | en qui je me recueille, 6+6
         À force de parler | doucement à la feuille, 6+6
         À la goutte de pluie, | à la plume, au rayon, 6+6
         Par descendre à ce point | dans la création, 6+6
25 Cet abîme frissonne | un tremblement farouche, 6+6
         Que je ne fais plus même | envoler une mouche 6+6
         Le brin d'herbe, vibrant | d'un éternel émoi, 6+6
         S'apprivoise et devient | familier avec moi, 6+6
         Et, sans s'apercevoir | que je suis là, les roses 6+6
30 Font avec les bourdons | toutes sortes de choses ; 6+6
         Quelquefois, à travers | les doux rameaux bénis, 6+6
         J'avance largement | ma face sur les nids, 6+6
         Et le petit oiseau, | mère inquiète et sainte, 6+6
         N'a pas plus peur de moi | que nous n'aurions de crainte, 6+6
35 Nous, si l'œil du bon Dieu | regardait dans nos trous ; 6+6
         Le lis prude me voit | approcher sans courroux, 6+6
         Quand il s'ouvre aux baisers | du jour ; la violette 6+6
         La plus pudique fait | devant moi sa toilette ; 6+6
         Je suis pour ces beautés | l'ami discret et sûr ; 6+6
40 Et le frais papillon, | libertin de l'azur, 6+6
         Qui chiffonne gment | une fleur demi-nue, 6+6
         Si je viens à passer | dans l'ombre, continue, 6+6
         Et, si la fleur se veut | cacher dans le gazon, 6+6
         Il lui dit : « Es-tu bête ! | Il est de la maison. » 6+6
mètre profil métrique : 6+6
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