HUG_1/HUG481
Victor Hugo
LES CONTEMPLATIONS
tome I
AUTREFOIS
1830-1843
LIVRE TROISIÈME
LES LUTTES ET LES RÊVES
XXII
         La clarté du dehors ne distrait pas mon âme. 12
         La plaine chante et rit comme une jeune femme ; 12
         Le nid palpite dans les houx ; 8
         Partout la gaîté luit dans les bouches ouvertes ; 12
5 Mai, couché dans la mousse au fond des grottes vertes, 12
         Fait aux amoureux les yeux doux. 8
         Dans les champs de luzerne et dans les champs de fèves, 12
         Les vagues papillons errent pareils aux rêves ; 12
         Le blé vert sort des sillons bruns ; 8
10 Et les abeilles d'or courent à la pervenche, 12
         Au thym, au liseron, qui tend son urne blanche 12
         À ces buveuses de parfums. 8
         La nue étale au ciel ses pourpres et ses cuivres ; 12
         Les arbres, tout gonflés de printemps, semblent ivres ; 12
15 Les branches, dans leurs doux ébats, 8
         Se jettent les oiseaux du bout de leurs raquettes ; 12
         Le bourdon galonné fait aux roses coquettes 12
         Des propositions tout bas. 8
         Moi, je laisse voler les senteurs et les baumes, 12
20 Je laisse chuchoter les fleurs, ces doux fantômes, 12
         Et l'aube dire : Vous vivrez ! 8
         Je regarde en moi-même, et, seul, oubliant l'heure, 12
         L'œil plein des visions de l'ombre intérieure, 12
         Je songe aux morts, ces délivrés ! 8
25 Encore un peu de temps, encore, ô mer superbe, 12
         Quelques reflux ; j'aurai ma tombe aussi dans l'herbe, 12
         Blanche au milieu du frais gazon, 8
         À l'ombre de quelque arbre où le lierre s'attache ; 12
         On y lira : — Passant, cette pierre te cache 12
30 La ruine d'une prison. 8
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