HUG_23/HUG1026
Victor Hugo
LES QUATRE VENTS DE L'ESPRIT
1881
III
LE LIVRE LYRIQUE
— LA DESTINÉE —
V
I
CHANSON D'AUTREFOIS
         Quelqu’un connaît-il ma cachette ? 8
         C’est un lieu calme, où le ciel clair 8
         En un jour de printemps rachète 8
         Le mal qu’ont fait six mois d’hiver. 8
5 Il y coule des eaux charmantes ; 8
         L’iris y naît dans les roseaux ; 8
         Et le murmure des amantes 8
         S’y mêle au babil des oiseaux. 8
         Là vivent, dans les fleurs, des groupes 8
10 Épars, et parfois réunis, 8
         Avec des chants au fond des coupes 8
         Et le silence au fond des nids. 8
         La grâce de cette ombre heureuse 8
         Et de ce verdoyant coteau 8
15 Semble faite des pleurs de Greuze 8
         Et du sourire de Watteau. 8
         Paris dans les brumes se plonge ; 8
         Et le cabaret de Régnier 8
         Ne vaut pas une heure de songe 8
20 Sous les branches d’un châtaignier. 8
         Les plus belles choses du rêve 8
         Sont celles qu’admet l’antre frais, 8
         Et que confusément achève 8
         Le balancement des forêts. 8
25 Je comprends peu qu’on soit superbe 8
         Et qu’il existe des méchants, 8
         Puisqu’on peut se coucher dans l’herbe 8
         Et qu’il fait clair de lune aux champs. 8
         Toutes les fleurs sont un langage 8
30 Qui nous recommande l’amour, 8
         Qui nous berce, et qui nous engage 8
         À mettre dans nos cœurs le jour. 8
         Les vagues robes brillantées, 8
         Les seins blancs et les jeunes voix 8
35 Des Phyllis et les Galatées 8
         Conseillent le rire et les bois. 8
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